France

Si je m'écoutais, je voterais François Fillon

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 19.04.2017 à 12 h 03

[BLOG] Cela me coûte de le dire mais François Fillon, malgré un programme en tout point à rebours de mes convictions, m'apparaît comme le candidat le plus à même de répondre aux attentes profondes du pays

PHILIPPE HUGUEN / AFP

PHILIPPE HUGUEN / AFP

Afin qu'il n'existe aucun malentendu, je n'ai aucune espèce d’accointance avec François Fillon. Je ne couche pas avec sa fille, son fils n'est pas encore mon avocat, Penelope malgré mes demandes répétées de collaborer à l'écriture de mes romans m'a toujours opposé un refus poli, prétextant un emploi du temps trop chargé (mon œil!) et les costumes que le candidat Républicain m'a envoyé pour me remercier d'avance de ce papier ne sont pas à ma taille.

Pour autant, quand il m'arrive d'examiner froidement la situation de la France, quand je mets de côté mes émotions et ma sensibilité, quand j'essaye d'être le plus objectif possible, je dois bien reconnaître que le seul candidat à même de contenir cette colère bien française, le seul à empêcher le pays de sombrer dans le ravin de l’extrémisme, le seul à porter un programme cohérent et articulé - celui d'une droite conservatrice sur les mœurs et libérale en matière d'économie –c'est Fillon.

Ne serait-ce que parce que c'est tout de même le seul à pouvoir envisager de disposer d'une majorité stable à l'Assemblée nationale. Ce qui n'est tout de même pas rien. Les autres, tous les autres, quelles que puissent être leurs vertus ou leurs qualités, leurs valeurs ou leurs charmes, savent très bien malgré leurs dénégations que trouver une majorité présidentielle sera tout sauf une partie de plaisir. Qu'il leur faudra se contorsionner dans tous les sens, ménager les susceptibilités des uns et des autres et aller à la pêche aux voix pour obtenir la confiance des députés.

Et ce sur chaque nouveau projet de loi.

Avec le risque de gouverner à minima, dans une sorte de consensus mou qui finira par lasser, au milieu de l'exaspération générale génératrice de mouvements d'humeur dont on ne sait jamais sur quoi, à force d'être répétés, ils peuvent déboucher si ce n'est à une instabilité politique propice à tous les débordements.

Il faut bien reconnaître que Fillon n'aura pas ce genre de soucis-là: il disposera selon toutes probabilités d'une majorité relativement solide qui lui permettra de gouverner à son aise tout le long de son quinquennat.

En fait, ma conviction profonde est que la France –les élections récentes l'ont encore prouvé– penche à droite, pense à droite, a envie de droite, que les Français dans une très large majorité sont dans une recherche presque maladive d'autorité: de l’exécutif, ils attendent avant tout une réponse forte, déterminée, incisive, faute de quoi, tôt ou tard, ils se fianceront avec un parti politique dont on sait bien avec quel mépris, une fois parvenu au pouvoir, il s’assoira sur les principes républicains.

D'une certaine manière, et cela me coûte de le dire, François Fillon, à l'heure d'aujourd'hui, malgré ses frics-fracs, malgré sa morale à géométrie variable, malgré un programme en tout point à rebours de mes convictions, m'apparaît, avec son calme et son aplomb, comme le candidat le plus à même de répondre aux attentes profondes du pays.

Je crains fort que tout autre résultat que sa victoire, vu le caractère aventureux des autres candidatures proposées, leur manque d'assise électorale, leur romantisme ou leur dogmatisme, heurte le sentiment général et provoque à court ou moyen terme un soulèvement général.

Je ne voudrais pas d'une République de Weimar pour la France.

Peut-être n'ai-je pas assez confiance en elle, peut-être ai-je trop lu de livres sur l’avènement du nazisme, peut-être considérant mon éloignement, ai-je tendance à dramatiser la situation mais il me semble que la France est arrivée à un point crucial de son histoire où, pleine d'une intranquille fragilité, bousculée par des mutations technologiques qui la dépassent, heurtée par des attaques terroristes d'une violence inouïe, divisée comme jamais, elle ne soit point assez forte pour résister à l'appel d'un parti nationaliste.

Surtout si elle se donne à un candidat dont on ne sait trop avec qui il sera à même de gouverner.

Bon ceci dit, je suis autant prêt à voter pour Fillon que de me convertir au catholicisme!

Ce qui, rassurez-vous, n'est pas pour demain la veille.

P.S.: François, ma taille pour les costumes, c'est du 32 pas du 36. Merci d'avance. 

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (97 articles)
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