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Scandale United Airlines: les profits indécents des compagnies aériennes américaines

Repéré par Galaad Wilgos, mis à jour le 12.04.2017 à 10 h 35

Repéré sur Washington Post

Suite à l’incident qui a conduit un passager à se faire traîner de force hors d’un avion, la pratique du surbooking est remise en question. À raison?

Des voyageurs vont s'enregistrer à l'Aéroport International d'O'Hare le 14 mars 2017, à Chicago dans l'Illinois / SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Des voyageurs vont s'enregistrer à l'Aéroport International d'O'Hare le 14 mars 2017, à Chicago dans l'Illinois / SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Dimanche 9 avril, un soir comme les autres, un vol comme les autres. C’est sans doute ce qu’envisageaient les passagers de l’avion United Airlines, jusqu’à ce que l’équipage du vol ait dû choisir quatre d’entre eux pour qu’ils libèrent leur place au profit de quatre personnes de l’équipage. S’en suit un drame qui fit le tour des internets: un homme en colère se voit traîner de force hors de son siège par la sécurité, la bouche ensanglantée.

C’est en surbookant le vol que la compagnie s’est retrouvée avec quatre passagers en trop –et cet incident. Si elle se retrouve de manière brutale sous le feu des projecteurs, la pratique du surbooking n'est pas nouvelle. Comme l’explique Wired, elle est généralement logique et rationnelle:

«Les compagnies aériennes ont surbooké les vols depuis les années 1950 parce que c’est logique économiquement parlant. Tout le monde ne se présente pas aux vols. Les plans changent, les migraines prennent le pas, les correspondances de vols arrivent plus tard. Et tous les sièges coûtent de l’argent

Cela serait même bénéfique pour la compagnie comme pour les utilisateurs, qui auraient ainsi accès à des places sur des vols urgents, voire se verraient octroyer un sympathique pactole, comme cette famille qui a réussi à récolter 11.000 dollars grâce à de nombreux retards. C’est l’avis du consultant en aviation Samuel Engel, ou du magazine Southwest, mais ce n’est pas celui du Washington Post, qui remarque qu’en réalité, les profits sont surtout générés… du côté des compagnies.

 

Les quatre grandes compagnies américaines récoltent le pactole

En effet, il se trouve qu’aujourd’hui les compagnies aériennes commerciales américaines connaissent un véritable boom économique, avec des profits qui frôlent des records. Les 20,3 milliards de dollars de profits qu'elles ont générés l’année passée surpassent la somme totale gagnée par les compagnies aériennes d’Europe, d’Asie, du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Afrique combinés. Comptez une marge de près de 20 dollars par passagers.


L’évolution du marché a réduit le nombre de compagnies aériennes aux États-Unis à 4 à partir de 2010. Cette absence relative de compétition a conduit à la création de quasi-monopoles dans certains aéroports, qui en retour ont donné encore moins de raisons aux compagnies de diminuer les prix ou de procurer plus d’équipements. Au contraire, la tendance continue d’aller vers l’inverse: des sièges toujours plus petits, des tarifs plus chers, des frais pour les couvertures, même des frais pour utiliser les toilettes. Le surbooking n'aide donc pas vraiment les consommateurs: il sert principalement à augmenter les profits des compagnies.