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Avant de mettre les pieds aux États-Unis, et si on vous demandait vos mots de passe avec vos papiers?

Repéré par Robin Panfili, mis à jour le 05.04.2017 à 10 h 31

Repéré sur The Wall Street Journal, Re/Code, Libération

Les voyageurs étrangers, sans exception, pourraient être contraints de fournir leurs contacts téléphoniques, leurs mots de passe... et peut-être même leurs informations bancaires en arrivant dans le pays de Donald Trump.

À l'aéroport de Miami, en 2015 | JOE RAEDLE/AFP

À l'aéroport de Miami, en 2015 | JOE RAEDLE/AFP

En juin dernier, le service des douanes et de la protection des frontières américain (ou CBP pour Bureau of Customs and Border Protection) soumettait au Federal Register –l'équivalent français du Journal officiel– l'idée de demander aux touristes sans visa débarquant sur le sol américain leurs pseudonymes et identifiants utilisés sur différents réseaux sociaux. Le tout, à l'époque, sur la base du volontariat.

Quelques mois plus tard, l'idée fait son grand retour, mais dans des modalités bien différentes. Selon les informations du Wall Street Journal, qui cite des responsables de la Maison-Blanche, les États-Unis envisageraient de demander à n'importe quel voyageur de fournir aux autorités ses informations bancaires, ses contacts téléphoniques et... ses mots de passe (téléphone, réseaux sociaux...). Un contrôle des entrées accru déjà évoqué par l'administration Donald Trump, en février 2017, lors de l'annonce de son décret anti-immigration –surnommé «Muslim ban»– finalement retoqué.

Dans les aéroports, les agents du département de la Sécurité intérieure (DHS) seront donc habilités à examiner les téléphones des voyageurs, de manière à pouvoir consulter la liste de contacts, le contenu des messages ou les publications de ces derniers sur Facebook ou Twitter. L'objectif? «Déterminer avec qui vous communiquez», a déclaré anonymement un responsable du DHS au Wall Street Journal. Ce que vous pouvez trouver sur le téléphone d’une personne lambda peut être inestimable».

«Et donnez-nous vos mots de passe»

Une déclaration qui confirme la position défendue, en février dernier, par le secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly, lors d’une audition devant le Congrès:

«Nous voulons demander, par exemple, quels sites vous visitez. Et donnez-nous vos mots de passe, pour que nous puissions voir ce qu’ils font sur Internet. [...] Et s’ils ne veulent pas nous donner ces informations, alors ils ne viennent pas».

Si elle voit le jour, tous les étrangers seront concernés par cette mesure, y compris ceux qui bénéficient du Visa Waiver Program, un dispositif qui dispense de visa les ressortissants d'une quarantaine de pays, dont la plupart des nations européennes, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, souligne Libération. Ce programme qui permet aux voyageurs de voyager librement aux États-Unis en contrepartie d'une autorisation électronique ne devrait pas être remis en cause, mais ses bénéficiaires ne seront pas exemptés par la déclaration aux autorités de leurs mots de passe et informations confidentielles.

Pour l'heure, cette déclaration systématique d'informations personnelles pour les étrangers entrants aux États-Unis n'en est encore qu'au stade de projet. Mais, comme le rappelle Les Échos, Donald Trump n'a pas besoin de l'aval du Congrès car l'immigration est du ressort de la Maison-Blanche. Le projet doit simplement être conforme au droit, ce qui n'est pas encore gagné. «Il est possible qu'elle rejette aussi celui-ci, au nom du respect de la vie privée et de la liberté d'expression notamment», écrit le quotidien économique.