Tech & internetParents & enfants

L'inquiétante dérive de Danielle Bregoli, une ado de 13 ans traitée par internet comme une pornstar

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 28.03.2017 à 11 h 31

Repéré sur Know Your Meme, The Guardian

Cette jeune américaine s'est faite connaître grâce à une prestation surréaliste dans une émission télé.

Image extraite du compte Instagram de Danielle Bregoli.

Image extraite du compte Instagram de Danielle Bregoli.

La séquence, passée inaperçu en France, a fait le tour du monde en septembre dernier. Dans le cadre d'une émission consacrée par «Dr Phil» aux parents en difficultés avec leurs enfants adolescents, Danielle Bregoli, 13 ans, a marqué les spectateurs avec son attitude pour le moins rebelle. On apprenait que Danielle était capable de fuir quatre fois en une journée, qu'elle volait les cartes de crédit de sa mère, et que les affrontements physiques et les menaces étaient récurrents entre elles.


Ce qui a marqué les spectateurs présents sur le plateau de l'émission, c'est surtout l'accent de la jeune fille, rendant parfois ses propos incompréhensibles. Quand elle les a entendus rire, Danielle les a d'abord traités de «whores» («pouffiasses») avant de leur lancer «Catch me outside, how about that?» («Venez dehors, on va régler ça») mais avec un tel accent que l'on aurait pu croire qu'elle a dit «Cash me ousside, how bow dah?», ce qui n'a pas de sens en soi.

Cette phrase a immédiatement capté l'attention d'internet, comme l'explique le site de référence Know Your Meme, et Danielle Bregoli est devenue du jour au lendemain un mème, un phénomène viral, à la fois moquée et adulée pour son irrévérence.

Sexualisation poussée

C'est ainsi qu'est née sa carrière sur internet, où elle alimente TMZ avec des bagarres et ses huit millions d'abonnés sur Instagram avec un étrange mélange de photos de blogueuse mode et de vidéos où elle tente de battre des records de grossièretés et fait la promotion d'un thé censé aider à perdre du poids. À 13 ans à peine, rappelons-le encore une fois.


Mais pour Nancy Jo Sales, auteure de American Girls: Social Media and the Secret Lives of Teenagers qui écrit dans le Guardian, le problème de cette starification réside dans la sexualisation extrême de la jeune fille. Il y a quelques jours à peine, raconte-t-elle, on voyait Danielle, via un live Instagram, allongée dans un lit, portant simplement un soutien-gorge et un jogging, en train de se donner une fessée, de twerker et de placer une bouteille au milieu de sa poitrine. Évidemment, de nombreux commentaires pédophiles sont venus inonder la diffusion, proposant d'avoir des relations sexuelles avec elle.

«Malheureusement, Bregoli n'est pas un cas à part quand on part de la culture des réseaux sociaux, écrit Nancy Jo Sales. Être hot est un but, des fois pour de très jeunes filles. Ses vidéos et ses selfies sont peut-être extrêmes, mais ils sont similaires sur le fond à tout ce qui existe partout sur internet.»

C'est un problème, car comme l'a montré un rapport de l'American Psychological Association en 2007, la sexualisation des filles peut créer des problèmes d'anxiété, de dépression, de troubles de l'alimentation et de perte d'estime de soi-même. «En attendant que la société rattrape cette nouvelle technologie, les parents sont les premiers remparts de défense, conclut Nancy Jo Sales. Il est temps pour tous les parents de reprendre contrôle sur leurs adolescents hors de contrôle, pour leur propre bien et pour leur protection.»