Economie

De l'enfer de trouver un billet d'avion quand vous disposez d'un budget limité

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 28.03.2017 à 11 h 11

[BLOG] Partir, c'est bien joli. Mais lorsque votre compte en banque vous regarde avec des yeux de déterrés, cela tourne très vite au cauchemar. Quand pour voyager à moindres frais entre Paris et New York, on vous propose de passer par Buenos Aires via Pékin avec une escale à Helsinki...

Ça, c'était avant (Stuttgart –Boeing 707 at Airport (Postcard)) | Roger W via Flickr CC License by

Ça, c'était avant (Stuttgart –Boeing 707 at Airport (Postcard)) | Roger W via Flickr CC License by

Avant, voyager était simple.

Déjà les pauvres ne partaient pas. Ou du moins ils n'avaient pas la prétention de grimper dans un avion pour s'en aller visiter des destinations exotiques. Ils s'entassaient à huit dans leur 4L toute déglinguée et n'allaient pas plus loin que le bord de mer le plus proche. C'était déjà cela de gagné. Ils restaient entre eux et des aéronefs, ils ne savaient que leurs traces laissées dans les cieux. Une invitation au voyage qui restait lettre morte.

Parfois, afin d'assouvir leurs envies d'ailleurs, ils débarquaient à Orly juste pour contempler des avions décoller et atterrir; c'étaient leurs vacances à eux.

Aujourd'hui, avec l'apparition et la démultiplication du tourisme de masse, de ce tourisme qui jamais ne s'arrête et transporte chaque année des milliards de touristes ahuris à travers le globe, chacun peut prétendre –moi le premier– à s’asseoir dans n'importe quelle carlingue sillonnant le vaste monde et s'envoyer en l'air en poussant des oh et des ah extatiques.

L'enfer.

Avant aussi, j'entends avant l'émergence de ces merveilles de technologie qui nous ont rendu la vie aussi simple que de retrouver sa partenaire de jeux lors d'une orgie disputée dans l'obscurité la plus absolue, voyager était un jeu d'enfant.

Nul besoin de sacrifier des nuits entières à consulter un comparateur de vol pour trouver un avion capable de survoler l'Atlantique à moindres frais, nul besoin d'utiliser un comparateur de comparateur des meilleurs billets d'avion n'ayant ja-ja-jamais navigué ohé ohé, afin de dénicher le pompon sous la forme d'un billet d'avion assez prodigue dans ses largesses pour vous transporter de New York à Paris en passant par Buenos Aires via Pékin avec un arrêt à Helsinki, trois changements d'avion et des escales aussi longues que des nuits sans lune.

Non avant, quand jamais il ne vous était impératif de voyager d'un point A à un point B, vous ne commenciez pas vos recherches six mois avant votre départ, vous ne passiez pas des heures et des heures et des heures à vous perdre dans une galaxie de sites qui selon l'heure à laquelle vous les consultez, la position du soleil dans le ciel, l'humeur de votre chat, la marque de votre ordinateur, l'orientation de votre canapé, la grosseur de vos hémorroïdes, vous indique tantôt un prix, tantôt un autre, des myriades de prix allant du simple au quintuple, parfois le même avion, le même trajet, le même commandant de bord mais proposé par une compagnie aérienne qui vole sous un pavillon différent, des centaines et des centaines de compagnies aériennes prêtes à tous les renoncements pour vous accueillir au prix le plus compétitif, «tu montes chéri, je te fais le tour du monde pour moins de mille euros».

Non avant, quand vous deviez absolument prendre un avion pour rejoindre telle ou telle destination située à l'autre bout du monde, il y avait une seule possibilité, un seul vol, un seul avion, qui partait tel jour à telle heure dans tel aéroport et arrivait quelques heures plus tard dans un autre aéroport, toujours le même, pas comme maintenant où bien souvent pour aller d'un point à un autre, on vous propose de passer par la lune, de sillonner la terre à rebours, de remonter le temps, de visiter un, deux, trois pays, quatre capitales, cinq sous-préfectures avant d'arriver enfin à bon port trois semaines après votre décollage.

Non avant, lorsqu'une fois tous les dix ans, il vous fallait emprunter un couloir aérien pour rejoindre votre oncle d'Amérique, il suffisait de pousser la porte d'une boutique qui répondait au doux nom d'agence de voyages, de s’asseoir dans un fauteuil, de confier à une dame très gentille votre désir d'ailleurs et d'attendre sans moufter le résultat de ses recherches.

Après quoi vous payiez et vous n'y pensiez plus jusqu'au jour du grand départ.
Avant surtout, je ne partais jamais.

J'étais pauvre, le malheur, c'est que je le suis resté!

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (89 articles)
romancier