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«Nous faisons l’amour assez souvent, je dirais entre deux et trois fois par semaine, mais ça ne me suffit pas»

Lucile Bellan, mis à jour le 28.03.2017 à 16 h 23

Cette semaine, Lucile conseille B., une jeune femme dont la libido est beaucoup plus importante que celle de son compagnon.

Portrait de Wally | par Egon Schiele via Wikimedia CC License by

Portrait de Wally | par Egon Schiele via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

J’ai connu pas mal d’histoires d’amour dans ma vie, mais deux hommes font partie de moi.

 J’ai vécu pendant dix ans avec celui que j’appellerais mon mari. Je l’ai épousé, j’ai porté ses enfants, tout a été très vite, très intense. Il m’a soutenu chaque minute de notre histoire; et surtout m’a aimé passionnément. Il avait un appétit sexuel débordant, insatiable. Chaque baiser, chaque effleurement de ma part déclenchait chez lui une envie de faire l’amour. Si je l’avais écouté, nous aurions fait l’amour trois ou quatre fois par jour, c’était un peu trop pour moi. C’était moi qui freinais un peu, je trouvais même cette libido un peu envahissante. Mais il faut être honnête, quel sentiment de bien-être, quel renfort de l’estime de soi que de se sentir désirée à chaque seconde.

Et puis il a fait un AVC, il est mort en me laissant veuve, très jeune à 31 ans.

Très vite, j’ai refait ma vie. 

Mon premier amour est revenu dans ma vie. Il était l’homme que j’avais quitté car nous n’étions pas capables de communiquer: nous étions trop jeunes, trop têtus, nous ne voulions pas les mêmes choses au même rythme. Je l’ai quitté en pensant qu’il ne m’aimait pas et qu’il ne m’aimerait jamais. Et le voilà qui réapparait comme une évidence, il a attendu sans tenter réellement de refaire sa vie durant toutes ces années. Tout est reparti, si facilement, avec une telle évidence. Tout est parfait, et je ne m’imagine plus une seule seconde vivre sans lui.

Nous n’avons qu’un seul souci, le décalage de libido, c’est comme si les rôles dans ma vie s’étaient échangés. Je suis devenu celle qui est en attente, celle qui a une libido débordante et qui se confronte à la libido moins active de l’autre. Nous faisons l’amour assez souvent, je dirais entre deux et trois fois par semaine. Mais ça ne me suffit pas. Je suis toujours en demande et ça en devient très frustrant. Mon ami a du mal avec les femmes entreprenantes, j’ai l’impression que cela lui met la pression et un allumage direct est la meilleure façon de me faire rejeter. Nous en avons discuté plein de fois, il fait des efforts pour ne pas me repousser de manière consciente ou inconsciente, je fais des efforts pour ne pas être entreprenante.

«Est-ce normal d’avoir toujours envie? Je me demande si ce n’est pas simplement une façon de me rassurer, d’avoir confiance en moi»

Mais tout ça joue sur mon estime de moi, j’ai l’impression de devoir mettre un frein à ma fougue. Je suis dans le contrôle, à me demander ce qui pourrait l’inciter à me faire l’amour. Sans arrêt. Ça devient un enjeu pour moi, ça m’obsède. Chacune de mes actions en devient conditionnée. Ce que j’ose, ce que je n’ose pas.  Il me dit qu’il me désire, que tout va bien, qu’il a envie. Mais comme tout le monde, il est parfois fatigué, parfois préoccupé, etc. Mais pas moi, rien ne m’arrête.

Je me demande si j’ai juste pris l’habitude toutes ces années, si c’est moi qui ai besoin de me remettre en question et de faire un travail sur moi pour ne pas être en demande tout le temps. Est-ce normal d’avoir toujours envie? Est-ce qu’un psy pourrait m’aider? Je me demande si ce n’est pas simplement une façon de me rassurer, d’avoir confiance en moi, au travers de son envie. J'en suis au stade où je me cherche une façon de me «calmer», parce que clairement je ne mettrai pas ma vie amoureuse en péril pour un peu de sexe en plus. Je n'ai envie que de lui, pas des autres, mais j'ai trop envie.

B.

Chère B.,

Je ne pense pas que vouloir un peu plus que 2 ou 3 fois par semaine soit un signe de nymphomanie si c’est la question. Je ne suis même pas sûre que le fait d’avoir envie de son partenaire un peu plus que la moyenne nationale soit forcément un élément psychanalysable comme une façon d’aller chercher de la confiance en soi. Par contre, ce dont je suis sûre, c’est que le rejet ou la sensation de rejet peut être une vraie source d’insécurité.

Vous avez des libidos différentes. Ce sont des choses qui arrivent et même très souvent. On a tellement été biberonnés à l’orgasme simultané que personne n’a jamais remis en cause le fait de ne même pas s’entendre sur les envies, leurs fréquences, leurs moments, leurs types. Et pourtant.

Je ne crois pas que vous ayez un problème. Pas personnellement en tout cas. Et je ne crois pas non plus que votre compagnon ait également un problème. Vous avez seulement de mode de fonctionnement différents. Peut-être que d’ici quelques années, ces disparités vont se lisser. La sexualité est rarement constante tout au long de la vie.

«Si c’est le contact qui vous manque, vous pouvez apprendre à apprécier celui-ci sans qu’il soit forcément sexualisé. Via des massages, des caresses, des baisers»

Si c’est le plaisir que vous recherchez, le bien-être de l’orgasme, rien ne vous empêche de parfois remédier à cette question toute seule. Si c’est le contact qui vous manque, vous pouvez apprendre à apprécier celui-ci sans qu’il soit forcément sexualisé. Via des massages, des caresses, des baisers qui n’appellent pas forcément plus. Cette confiance que vous semblez avoir perdu, vous pouvez aussi la retrouver dans la tendresse.

Pour l’heure, il me semble quand même que vous devriez peut-être rencontrer quelqu’un ensemble. Parce que vous avez moins besoin de changer l’un et l’autre que de trouver votre point d’équilibre. Et j’ai peur que sur cette question épineuse du désir, vous vous fassiez du mal sans vous en rendre compte, lui en vous repoussant sans le vouloir mais sans pouvoir faire autrement, vous en en demandant toujours plus quitte à dépasser la limite de sa tolérance. Tout ça créant un conflit qui pourrait vous faire oublier l’essentiel: vous vous aimez.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (141 articles)
Journaliste