France

Vers une «vraie» réforme des retraites?

Alain Villemeur, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 43

Le système des retraites doit encore évoluer, le compléter par un système d’épargne collective et obligatoire est une alternative séduisante.

Wedodata

Wedodata

La défiance vis-à-vis du système de retraite est considérable, notamment de la part des jeunes, 80% d’entre eux pensant qu’il est urgent de mener de véritables réformes.

Les réformes, ont stabilisé le poids des retraites dans le PIB, déjà très élevé en France. Elles ont permis de sauvegarder le système par répartition, tout en réduisant les déficits, sans cependant les supprimer. Mais, les retraites vont progresser moins vite que les salaires. Dans les scenarios élaborés par le Comité d’Orientation des Retraites (COR), la baisse des pensions pourrait atteindre en 2060, de l’ordre de 20% par rapport au salaire moyen. Le niveau de vie des retraités actuels, un peu supérieur en moyenne à celui des actifs, deviendrait notablement inférieur.

Il est donc urgent de redonner confiance aux actifs, de rassurer les retraités et de limiter les effets récessifs sur l’économie d’une consommation plus faible des retraités. Les réformes classiques –dites paramétriques– sont à bout de course et de nouvelles solutions doivent s’imposer.

Plusieurs millions de personnes ont déjà adhéré à des dispositifs d’épargne retraite individuels ou collectifs. Une récente étude [1], commanditée par la Chaire universitaire «Transitions Démographiques, Transitions Economiques», jette un éclairage intéressant sur la généralisation d’un tel dispositif qui deviendrait national et qui permettrait de consolider les retraites par un volant d’épargne retraite, collective et obligatoire.

Une sur-cotisation supplémentaire supportée par tous, la création d’un fonds de capitalisation doit permettre de financer à long terme un supplément de revenu pour les retraités. Une sur-cotisation de 3% des revenus limiterait de moitié la baisse attendue des pensions, compte tenu du placement des fonds en actifs financiers, avec un rendement annuel raisonnable de 3%.

Les avantages de la création d’un important fonds de capitalisation sont aussi géopolitiques –il pourrait atteindre à terme l’équivalent de 70% du PIB, soit 1400 milliards d’euros– car un fond souverain des retraites en France induirait à l’avenir une amélioration considérable de la compétitivité de l’économie française en facilitant l’investissement de long terme dans les entreprises françaises, grandes ou moyennes.

Précisons, qu’il ne s’agit pas d’un prélèvement supplémentaire mais d’une nouvelle orientation de l’épargne. La France a l’un des taux d’épargne les plus élevés d’Europe, mais cette épargne n’est pas placée à long terme dans des actifs de l’économie. Des pays proches comme l’Allemagne, le Royaume-Unis et la Suède ont fait ce choix d’un troisième pilier majeur avec l’épargne retraite, tout en ayant de moindres prélèvements obligatoires. Des solutions peuvent aussi être trouvées, pour les plus bas revenus, par exemple en les aidant par une politique nationale d’incitation fiscale à entrer dans un tel dispositif, ou encore en limitant la baisse de leur taux de remplacement par la solidarité nationale.

Le choix d’une épargne retraite collective et obligatoire consacrerait un nouveau contrat entre générations, le retour de la confiance des jeunes générations, la préservation du pouvoir d’achat des futurs retraités, tout en orientant l’effort national d’épargne vers des investissements de long terme.

1 — Audrey DESBONNET, Thomas WEITZENBLUM, «Réformes des retraites», septembre 2016, Chaire TDTE, voir aussi les Actes du Séminaire sur l’épargne collective, organisé le 14 juin 2016 par la Chaire TDTE. Retourner à l'article

 

Alain Villemeur
Alain Villemeur (1 article)
Docteur en économie, ingénieur, et essayiste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux.
> Paramétrer > J'accepte