France

Inciter les Français à revenir en Bourse

Luc Arrondel, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 43

Depuis la crise financière de 2008, le nombre d’actionnaires individuels en France a diminué de moitié, provoquant un manque de financement dans le secteur productif. Parmi les solutions possibles, une meilleure formation financière des conseillers bancaires et un assouplissement des directives européennes (MiFID2).

L’image de l’épargnant français, mais plus largement européen, ressemble plus aujourd’hui à ces cyclistes portant casques, gilets jaunes, jusqu’aux pinces à vélo fluorescentes, qu’au Loup de Wall Street.

Depuis la chute de Lehman Brothers, soit un peu plus de huit ans, le nombre d’actionnaires individuels a baissé de moitié. Cette baisse n’a été compensée qu’en partie par des investissements en produits intermédiés (assurance-vie en unité de compte). Cela interroge les acteurs, politiques et économiques, s’inquiétant du manque de financement du secteur productif et des investissements à long terme de notre économie. Comment faire revenir les épargnants à la Bourse? Les solutions sont à chercher dans les causes, et ceci, au-delà de la simple raison invoquée habituellement d’une fiscalité trop importante ou encore des coûts de transaction trop élevés (même si cela peut constituer des facteurs d’explication).

Comment donc expliquer cette désertion du marché boursier? Les Français seraient-ils devenus soudain trop averses au risque? Leur perception de leur avenir financier ou professionnel est-il si sombre qu’ils se détournent de la corbeille? Ont-ils vraiment le «niveau» pour y aller? Ont-ils tout simplement peur? Beaucoup d’études académiques se sont penchées sur ces questions…

De notre point de vue de chercheurs, cette chute ne peut être expliquée par une augmentation de l’aversion au risque des Français comme l’avance une antienne à la mode, ou encore par la «peur» que suscite le contexte de crise économique: les préférences à l’égard du risque et du temps sont globalement stables depuis la crise. De toutes les manières, même si le législateur voulait changer la psyche des individus, cela prendrait du temps, sans doute au moins une génération…

Par contre, les anticipations sur le marché boursier, voire la «confiance» dans ce marché, auraient un rôle clef pour expliquer la chute du nombre d’actionnaires: ces anticipations hétérogènes seraient devenues à la fois plus pessimistes et plus ambiguës (de plus en plus indéchiffrables) jusqu'à fin 2012. Selon cette hypothèse, une confiance accrue permettrait alors de faire revenir les Français à la Bourse.

Une question de confiance?

D’autres études montrent que la faiblesse de l’éducation financière des Français, concept très en vogue en ce moment, serait un frein aux investissements de long terme. Le législateur pourrait alors la développer, voire à simplifier certains produits d’épargne, même si là encore, cela prend du temps et serait plus efficace si cette politique concernait les plus jeunes.

Toutes ces solutions ne sont donc pas suffisantes pour orienter l’épargne vers le secteur productif. D’autant plus qu’aujourd’hui, les intentions d’investissements exprimées par les épargnants français, montrent que ces derniers, à l’optimisme revenu, seraient prêts à prendre davantage de risques et à investir un peu plus en actions. Pourquoi alors ne retournent-ils pas à la Bourse ? Plutôt que du côté «demande», regardons maintenant du côté de l’offre…

De ce côté, les tendances vont dans le même sens que les sentiments des ménages: la hausse (relative) de la fiscalité des actions, bien réelle entre 2008 et 2012, ne se poursuit pas après. La forte croissance des dépôts sur le livret A s'arrête fin 2012. Les contrats d'assurance en unités de compte ne sont pas plus diffusés en 2014 qu'en 2010. Les privatisations reprennent en 2013, etc. Force est alors de considérer d'autres facteurs possibles pour expliquer la chute continue du nombre d'actionnaires après 2012, telle une offre de conseils des banques de moins en moins tournée vers les actions, peut-être en raison notamment de la sévérité des directives MiFiD (directives européennes concernant les marchés d’instruments financiers).

En conséquence, outre les remèdes habituels proposés pour relancer l'actionnariat (introduction de fonds de pension, taxation allégée, éducation financière, accession plus longue des jeunes à la propriété…), deux mesures pourraient s’avérer efficaces. L’une concerne l'offre de conseil par l’intermédiaire de la formation des conseillers patrimoniaux par une amélioration de leur éducation financière par exemple. L’autre concerne l’adaptation de la réglementation européenne concernant la protection du client (directive MiFID) à ce nouvel environnement économique. L’autre passerait par un choc de confiance sur les anticipations des épargnants, qu'elles concernent les marchés financiers ou notre modèle social et sa soutenabilité…

Il est temps que l’épargnant se débarrasse de son «gilet jaune».

Luc Arrondel
Luc Arrondel (1 article)
Directeur de recherche au CNRS
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux.
> Paramétrer > J'accepte