Slatissime

Je ne me sèche pas les cheveux le matin, et alors?

Heather Schwedel, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 20.03.2017 à 9 h 23

Mes cheveux mettent des heures à sécher et c’est chiant.

katie | jaime k via Flickr CC License by

katie | jaime k via Flickr CC License by

S’il existait un GIF de mes habitudes matinales, on y verrait des lunettes de soleil de dessin animé me glisser sur le nez pendant que je sirote mon coca light et qui viendraient se planter dans ma tignasse ruisselante fraîchement lavée. Non, je ne bois pas de café le matin et non, je ne me sèche pas les tifs au sèche-cheveux: c’est comme ça, va falloir faire avec.

Vous m’avez vue au bureau, autour d’un brunch, à la fac pendant des séminaires qui ne commençaient même pas à l’aube: c’est moi la fille—euh, la femme—qui sort juste de la douche, celle qui fait tellement tout au dernier moment que même cinq minutes de séchage auraient été de trop. Et pardon pour l’essentialisme genré mais oui, en général il s’agit d’une femme, puisque cette condition a tendance à affecter ceux (celles) d’entre nous qui sont pourvu(e)s de cheveux longs. C’est un genre de sororité: lorsqu’au cours de mes pérégrinations je reconnais une de mes sœurs humide du casque, j’ai l’impression de comprendre un peu dans quel état d’esprit elle est et le genre de journée qu’elle est en train de passer: je sais qu’elle était pressée, qu’elle a eu trop la flemme, qu’elle a dû choisir entre se sécher les cheveux et une autre activité de femme qui n’a pas que ça à faire, et je pense pareil pour moi ma fille, pareil pour moi.

Si pour d’autres, avoir les cheveux mouillés relève de l’exception ou de l’averse inopinée, pour moi c’est un mode de vie. Et malgré mon côté «si ça vous plaît pas, c’est le même prix», je ne suis pas ici pour en faire l’éloge. Pour être claire, ça ne me plaît pas de me pointer partout avec ce look mi-propre, mi-négligé. Mon intention n’est pas non plus de le diaboliser. Je veux juste sortir la question du néant. Pourquoi est-ce que j’ai l’impression d’être une vraie souillon quand j’ai les cheveux mouillés?

Le je-m'en-foutisme capillaire

Depuis que j’ai l’âge de me coiffer toute seule, j’ai toujours appartenu à la catégorie de celles qui se laissent sécher les cheveux à l’air libre sans s’en soucier. Il n’y a pas longtemps, en lisant un article à propos de Frizz-Ease dans The Atlantic, j’ai eu la nostalgie des grandes courses aux armements de ma jeunesse, de la technologie du fer à lisser et de son corolaire, la méthode du «scrunching», sachant que je n’ai jamais été adepte d’aucun des deux. Qu’importe le nombre de fois où je me jure de me réveiller de bonne heure pour m’occuper de mes cheveux, la réalité ne cesse de me revenir à la tête: je ne suis pas du matin et je ne l’ai jamais été. Je préfère rester debout tard le soir et laisser mon moi de demain matin en assumer les conséquences. Ma constitution m’interdit absolument de sortir du lit plus d’une demi-heure avant de quitter la maison. Je ne suis pas en train de faire étalage de mon manque de vanité; je suis tout aussi vaniteuse que n’importe qui. Mais quand vous, vous choisissez de vous conduire en adulte et d’aller sous la douche, moi j’opte pour l’auto-sabordage qui fait de chacun de mes matins un défi quitte ou double que je suis tout à fait susceptible de planter dans les grandes largeurs.

Ce qui pouvait passer pour du je-m’en-foutisme chez une lycéenne de seconde—je me rappelle un matin d’humidité capillaire être entrée d’un pas désinvolte dans le hall de mon lycée, il faisait si froid et j’avais si joyeusement négligé de mettre un bonnet que mes cheveux avaient gelé et formaient des stalactites—faisait déjà un peu moins tranquillement décontracté en deuxième année de fac. Et aujourd’hui? En général, mes cheveux mouillés me fichent la honte. Je suppose que je n’avais jamais imaginé que mon habitude d’adolescente feignasse ne me quitterait pas dans ma vie de «professionnelle active». Quelque part, je me disais que lorsque j’aurais atteint ce stade de mon existence, j’aurais au moins résolu la question capillaire et j'aurais pu passer à des sujets plus complexes: l’immobilier, mon plan épargne-retraite. À un certain niveau, est-ce que mes cheveux mouillés sont le reflet de toutes mes angoisses personnelles et de ma peur d’évoluer? Certainement. Mais c’est aussi, littéralement, une boule de nœuds que je dois gérer un jour sur deux.

Pourquoi devrais-je changer?

Pourquoi est-ce que je ne prends tout simplement pas ma douche le soir? Ou que je ne m’achète pas une charlotte? Ou que je ne me coupe pas les cheveux court? Ou que je ne procède pas aux changements nécessaires pour simplifier mes matins et ma vie? Pour adapter une citation de 35 heures, c’est déjà trop, film de mon adolescence frisotée, pourquoi devrais-je changer? Le réel problème, ce n’est pas moi, c’est les séchoirs à cheveux. Comment, en 2017 après Jésus Christ, peut-il ne pas exister de meilleure solution pour sécher mes cheveux que ce rituel barbare du séchage électrique? Vingt minutes minimum debout la tête à l’envers, tous les matins, jusqu’à la fin des temps.

Quoi qu’il en soit, étant donné qu’il est fort peu probable que le site Into the Gloss me demande de dévoiler mes secrets beauté dans sa rubrique Top Shelf, je vais révéler ici mes rites de coiffage de A à Z: shampoing et après-shampoing un jour sur deux. J’enroule mes cheveux dans une de ces serviettes censées les faire sécher plus vite sauf qu’en fait, pas du tout. Je les peigne juste avant de quitter la maison. Je les laisse sécher pendant deux ou trois heures. J’espère que je donne l’illusion de faire tout ça exprès.

Une des qualités des cheveux mouillés, la seule sans doute, c’est qu’ils finissent par sécher. Ça prend une éternité et ça finit toujours un peu plus frisotté que je ne l’aurais voulu, mais comment ne pas aimer un problème qui finit par se résoudre tout seul pourvu que l’on procrastine suffisamment longtemps? Je suis presque sur le point de penser qu’il existe un genre d’optimisme bizarroïde en matière de cheveux mouillés, une croyance que peut-être demain, ou pendant que vous attendez que votre tignasse sèche dans un avenir lointain, une grande invention va débarquer et améliorer le système du sèche-cheveux (idéalement pour moins de 400 dollars) ou résoudre d’une manière ou d’une autre ce qui est franchement un problème hyper simple. Et pourquoi pas un micro-ondes à cheveux? Je lance des idées, hein, c’est tout. (Vous savez, si les hommes avaient les cheveux longs, ce problème serait déjà réglé). En attendant je me débrouille tant bien que mal, je hais mes cheveux mouillés tout en étant bien forcée de reconnaître que mes cheveux mouillés, c’est moi.

Heather Schwedel
Heather Schwedel (4 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux.
> Paramétrer > J'accepte