Monde

Ce que le FN peut apprendre du scrutin néerlandais

Daniel Vernet, mis à jour le 16.03.2017 à 8 h 27

Longtemps donné en tête par les sondages, le parti populiste, anti-islam et anti-immigration de Geert Wilders arrive en deuxième position derrière le Parti libéral de droite (VVD) du Premier ministre Mark Rutte, et au coude-à-coude avec les chrétiens-démocrates et les sociaux-libéraux.

PATRIK STOLLARZ / AFP

PATRIK STOLLARZ / AFP

Marine Le Pen a eu raison d’être prudente. Avant le scrutin de mercredi aux Pays-Bas, elle avait déclaré ne pas avoir «besoin de la victoire de [son] ami Geert Wilders». Sous-entendu pour gagner en France. En effet, le signal envoyé par les électeurs néerlandais, qui ont infligé un revers relatif au chef du Parti pour la liberté (PVV), allié du Front national, ne constitue pas l’encouragement que pouvait espérer la présidente du FN.

Longtemps donné en tête par les sondages, le parti populiste, anti-islam et anti-immigration, de Geert Wilders arrive en deuxième position derrière le Parti libéral de droite (VVD) du Premier ministre Mark Rutte, et au coude-à-coude avec les chrétiens-démocrates et les sociaux-libéraux. Il gagnerait cependant cinq sièges par rapport à 2012 alors que VVD en perd huit. Avec 20 députés, un de plus que les chrétiens-démocrates et les sociaux-libéraux, contre 33 au parti de Mark Rutte, le populiste de droite ne sera pas appelé à tenter de former le gouvernement, ce qui aurait été une première en Europe. Dans un paysage politique très morcelé –vingt-huit partis concouraient à cette élection–, il n’avait aucune chance d’arriver au pouvoir, aucun autre parti ne voulant former une coalition avec le PVV pour atteindre la majorité de 76 députés (sur 150).

Le système politique français avec l’élection présidentielle au suffrage universel et le vote majoritaire à deux tours est aux antipodes du système parlementaire et proportionnel néerlandais. Les extrapolations d’un pays à l’autre sont donc sujettes à caution. Par rapport au Front national, trois enseignements peuvent cependant être tirés.

Le premier est que le succès de l’extrême-droite populiste n’est pas inéluctable. Geert Wilders a eu beau faire la course en tête dans les sondages pendant des semaines, il n’a pas réussi à entraîner derrière lui une majorité d’électeurs. La conjoncture pouvait pourtant lui paraitre favorable. Alors qu’il se promettait de bannir les musulmans des Pays-Bas et qu’il comparait volontiers le Coran au Mein Kampf de Hitler, la tension avec la Turquie à propos des manifestations électorales que les dirigeants turcs voulaient organiser aux Pays-Bas en vue du référendum du 16 avril sur le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan, lui donnait des arguments. Mark Rutte a eu l’habileté de l’en priver en interdisant ces manifestations et en faisant même reconduire à la frontière la ministre turque de la famille. Il a droitisé son discours pour couper l’herbe sous les pieds de Geert Wilders en vantant avec lui les «valeurs néerlandaises».

Le deuxième enseignement, c’est que les sondages peuvent surestimer parfois le poids de l’extrême-droite, contrairement à ce qui se passait jadis en France quand les électeurs frontistes n’osaient pas affirmer leur choix dans les enquêtes d’opinion. La plupart des sondeurs considèrent aujourd’hui que le vote pour Marine Le Pen s’est banalisé et qu’il n’est plus nécessaire de corriger les résultats bruts obtenus. Mais à l’inverse, il est possible qu’au moment de glisser leur bulletin dans l’urne, certains électeurs reviennent vers les partis classiques. En tous cas, les sondages néerlandais avaient constaté un tassement des intentions de vote en faveur de la droite populiste dans les jours précédents le scrutin. Contrairement aux attentes de Marine Le Pen, les «surprises» enregistrées avec la victoire du Brexit et l’élection de Donald Trump ne sont pas condamnées à se reproduire.

Enfin, troisième enseignement, «l’émergence d’une nouvelle  Europe» que la présidente du Front national avait cru constatée lors de la rencontre, fin janvier à Coblence en Allemagne, des dirigeants des partis appartenant au groupe Europe des nations et des libertés au Parlement européen, n’a pas été confirmée par les électeurs néerlandais. «Il y a au sein des peuples européens un rejet massif de l’UE et de ce qu’elle représente, la mondialisation sauvage, les délocalisations, la désindustrialisation de nos pays, l’immigration massive, la mise en danger des peuples», avait déclaré alors Marine Le Pen, en présence de Geert Wilders et de Frauke Petry, présidente de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne). Ce parti populiste de droite devrait faire son entrée au Bundestag lors des élections du 23 septembre mais s’il risque de troubler le jeu des coalitions en Allemagne, il représentera un groupe minoritaire.

Les élections présidentielles en Autriche, qui ont abouti en décembre 2016 à la défaite, à quelques milliers de voix près, il est vrai, du candidat d’extrême-droite contre un ancien écologiste, avaient déjà montré que le pire n’est pas toujours sûr. Le scrutin des Pays-Bas souligne la difficulté des populistes de franchir un seuil qui les amènerait au pouvoir. Pour Marine Le Pen, ce n’est pas une bonne nouvelle, même si elle ne doit pas conduire à sous-estimer le danger idéologique et politique représentée par la vague nationaliste en Europe. Mais les digues tiennent encore.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (435 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux.
> Paramétrer > J'accepte