Parents & enfants

Engager des projets doctoraux en partenariat entre la recherche académique et l’action publique

Sylvie Pommier, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 56

Recruter des jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales sur des projets collaboratifs entre la recherche et l’action publique permettrait d’innover et d’expérimenter, mais aussi d’impulser une culture nouvelle et de la diversité au sein des ministères.

©WeDoData

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Créer des ponts entre la recherche et l’action publique, expérimenter et innover en politique avec une démarche scientifique, est à la fois un bel enjeu et un véritable défi. La recherche peut aider la société à trouver des voies d’action innovantes mais aussi à les expérimenter et à les aborder avec une démarche critique rigoureuse. Un des enjeux est que les citoyens, comme les responsables politiques, puissent disposer, au moment où ils auront besoin de se forger une opinion ou de prendre des décisions, d’une offre de solutions aux problématiques contemporaines et futures, vérifiées et mises en perspective internationale.

Mais mener des recherches de fond dans le domaine des politiques publiques avec la rigueur académique nécessaire demande une indépendance vis-à-vis de l’action publique et de ses temporalités, ce qui ne plaide pas pour le développement d’une activité de R&D en propre au sein des ministères et ce qui peut contribuer à expliquer les difficultés des responsables politiques à s’appuyer sur la recherche publique. Comme le note Alain Fuchs dans son introduction au rapport de l’Alliance Athena de mars 2016, malgré leur grand potentiel, les connaissances produites par les recherches en humanités et sciences sociales n’ont pas trouvé de débouchés dans l’action politique.

Mais comment conduire des expérimentations, comment mettre à l’épreuve du réel les idées nouvelles et les hypothèses, sans pouvoir disposer des ressorts de l’action publique? Pour prendre une analogie avec le domaine de la santé, envisagerait-on d’innover en thérapeutique sans études cliniques? La voie d’une collaboration étroite entre la recherche et l’action publique serait fructueuse, sous réserve de mettre en place toutes les assurances nécessaires pour que la recherche puisse répondre à toutes les exigences d’intégrité scientifique et aux questions éthiques liées à l’accès à des leviers d’action sur la société.

Une des voies pourrait être d’engager des recherches doctorales, par exemple sur le modèle CIFRE (Conventions industrielles de formation par la recherche). En effet, toutes les questions abordées plus haut de temporalités différentes et de conditions pour garantir la qualité et l’éthique de la recherche se posent aussi dans le cadre d’une recherche partenariale entre recherche et industrie. Or, le dispositif des doctorants CIFRE, qui existe depuis trente ans, est reconnu, apprécié et en croissance. Il a été récemment ouvert aux collectivités territoriales qui engagent une centaine de projets doctoraux par an.

Pourquoi ne pas intensifier ces pratiques et les étendre aux domaines de l’action de l’État?

Une des conditions importantes pour que ce type de collaboration fonctionne est la présence de personnes expérimentées déjà formées à la recherche, au sein des ministères, qui pourront assurer un rôle de coordination ou d’interfaçage entre le monde académique et le monde de l’action publique.

Recruter des doctorants en sciences humaines et sociales sur des projets collaboratifs de recherche entre la recherche et l’action publique permettrait d’innover et d’expérimenter dans tous les domaines qui peuvent intéresser les politiques publiques, mais aussi d’impulser une culture nouvelle et de la diversité au sein des ministères.

Sylvie Pommier
Sylvie Pommier (1 article)
Directrice du collège doctoral de l'Université Paris-Saclay