Parents & enfants

Faire passer l'école de la culture de la compétition à la culture de la coopération

Céline Darnon, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 56

Le contexte de compétition a une influence néfaste sur la performance, mais aussi sur le développement de compétences sociales.

©WeDoData

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En étant bien souvent centrée sur une dynamique de compétition, de sanction et de sélection, l’école contribue à accentuer l’écart de performance entre les élèves issus de milieux favorisés et ceux issus de milieux qui le sont moins. En outre, ce contexte n’est pas le plus favorable au développement de compétences académiques mais aussi sociales dont l’enfant aura grandement besoin dans sa vie de citoyen. L’école jouerait donc plus efficacement son rôle si elle aidait davantage les élèves à développer des valeurs de coopération.

Promouvoir une culture coopérative, et faire en sorte que l’élève comprenne qu’il est à l’école non pas pour montrer sa performance comparativement à celle des autres mais pour apprendre et progresser avec autrui, est un défi sur lequel devraient s’axer les politiques éducatives pour plusieurs raisons.

Premièrement, il y a en France des inégalités sociales que l’on n’a jamais réussi à éliminer. Certains contextes sont particulièrement susceptibles de faire apparaître ces inégalités. C’est par exemple le cas des contextes compétitifs ou de ceux mettant l’accent sur des buts de performance (c’est-à-dire les contextes mettant en avant l’importance de «dépasser les autres» ou «d’obtenir un bon classement»). Ces contextes vont surtout réduire la performance des élèves qui sont issus de catégories stigmatisées (par exemple, les élèves réputés «mauvais élèves», les élèves issus de milieux défavorisés, les filles sur une tâche de mathématiques ou de sciences, les garçons sur une tâche de lecture, etc).

Ces écarts sont moins susceptibles d’apparaître dans les contextes plus coopératifs. Or, dans beaucoup de classes, les évaluations sont utilisées dans un but de sanction, de comparaison et de compétition: les élèves comprennent assez rapidement que ce qui est important est de montrer qu’ils sont «bons» (ou d’éviter de montrer qu’ils ne le sont pas, ce qui est une forme de motivation profondément délétère). En ceci, la note, telle qu’elle est utilisée le plus souvent en classe, est en quelque sorte une expression de la culture de compétition qui y règne.

Deuxièmement, de nombreuses recherches réalisées à différents niveaux du système scolaire montrent à quel point les pratiques coopératives s’avèrent utiles, non seulement pour favoriser les savoirs et les savoir-faire académiques, mais également les savoirs et savoir-faire sociaux. Cet aspect est primordial car l’école doit pouvoir préparer les élèves à des compétences qui leur seront extrêmement utiles, plus tard, en tant que professionnels, mais aussi en tant que citoyens: savoir aider autrui, être capable de demander de l’aide, savoir travailler en équipe, comprendre le point de vue d’autrui, développer de l'empathie, de la décentration, sont autant de compétences cognitives et sociales fondamentales pour la vie en société.

La question se pose alors de savoir comment promouvoir les valeurs coopératives. Plusieurs pistes méritent d’être évoquées.

Bien entendu, la piste d’action qui semble la plus évidente est de choisir des supports (par exemple des textes à étudier) qui font l’éloge des comportements d’entraide. Pourrait-on imaginer, par exemple, une petite poule rousse qui décide de partager son pain avec ses invités plutôt que de les en priver sous prétexte qu’ils ne l’ont pas «mérité»?

Cela étant dit, les recherches montrent bien les limites des prescriptions «moralisantes» si celles-ci ne s’accompagnent pas d’actions. Plusieurs méthodes d’apprentissage coopératif existent et nous pensons que celles-ci gagneraient tout simplement à être implémentées dans les classes à toutes les étapes de la scolarité. Une première étape sera donc de former les enseignants à ces méthodes et encourager leur mise en place au sein des classes.

Enfin, l’on sait que l’un des plus puissants déterminants des conduites des enfants est l’imitation. En ceci, nous pensons que la meilleure manière de promouvoir et enseigner la coopération est de la pratiquer. Si l’enfant grandit en voyant les adultes qui l’entourent coopérer entre eux, alors il y a fort à parier que la pratique coopérative s’imposera à lui comme une évidence. La coopération doit donc se pratiquer non seulement entre enseignants mais également entre enseignants et autres acteurs de l’éducation, y compris les parents.

Céline Darnon
Céline Darnon (1 article)
Maître de conférences en psychologie sociale expérimentale à l’université Clermont Auvergne
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