Science & santé

Vivre sa sexualité quand on sait qu'on ne peut atteindre l'orgasme

Repéré par Galaad Wilgos, mis à jour le 15.03.2017 à 16 h 34

Repéré sur Refinery29

Stefani, écrivaine de 23 ans à New York, témoigne: elle n’a jamais eu d’orgasme de sa vie. Ce n’est pas un choix: elle est atteinte d’anorgasmie. Un trouble qui complique ses relations avec ses partenaires.

Femme sur un lit | Silentmind8 via Flickr CC License by

Femme sur un lit | Silentmind8 via Flickr CC License by

Certaines personnes sont victimes de ce que l’on appelle «l’anorgasmie», soit le fait de ne jamais atteindre l’orgasme –à distinguer de la frigidité, qui est rare et a pour conséquence l’absence de plaisir, là où l’anorgasmie permet tout à fait d’en éprouver. Ce trouble n'est pas si anodin. Il pourrait concerner 10 à 15% des femmes. Le site Au féminin fait la liste des causes de l’anorgasmie qui peuvent être d'ordre «organique, comportemental ou psychologique»:

«- Éducation qui dévalorise la sexualité et qui est dépourvue d’apprentissage érotique

- Mauvaise image de soi et de son corps, manque d’estime et de confiance en soi

- Stimulation, caresses maladroites ou brutalité du partenaire: inadaptation érotique

- Installation d’une habitude sexuelle

- Rapports douloureux (vaginisme, dyspareunie…)

- Événement traumatisant pendant l’enfance (abus sexuel, viol)

- Manque de désir envers son partenaire

- Doute sur les sentiments à l’égard du partenaire

- Peur de s’abandonner au plaisir et de lâcher prise.»

Dans le cas de Stefani, 23 ans, vivant à New York, évoqué par le site Refinery 29, ce sont ses médicaments (des antidépresseurs) qui l’empêchent d’atteindre l’extase. Elle a beau se masturber et être sexuellement active depuis son adolescence, elle n’a jamais eu d’orgasme. Ce qui la classe dans la première des deux catégories, aussi surnommée «l’anorgasmie de toujours» (lifelong anorgasmia). Toutefois, la jeune femme est définitive: on peut aimer le sexe sans pour autant avoir d’orgasmes.

La découverte de son anorgasmie

C’est après avoir expérimenté la masturbation et avoir été touchée par des hommes qu’elle s’est rendue compte de cette anomalie. Vers 17 ans, un homme lui demanda «comment savoir quand s’arrêter», et elle dût se résoudre à l’idée qu’elle ne savait pas…

«Parce que je n’avais jamais ressenti de grande décharge, dit-elle, que ce soit venant de moi ou grâce à mon partenaire. Alors j’ai appris que c’était très commun de développer une anorgasmie quand on prend les médocs que je prends.»

S’en suivent de nombreuses visites chez divers spécialistes, dont certains pèsent le pour et le contre de l’arrêt de ses traitements –pas d’orgasme mais la résolution de ses problèmes de santé, ou des orgasmes mais le retour de la dépression et des crises d’angoisse, tout en prenant en compte le fait l’anorgasmie n’aide ni l’une ni l’autre. Ainsi, une gynécologue peu subtile lui a dit qu’elle n’a rien de problématique au niveau anatomique, et qu’elle devait juste essayer de «plus se masturber».

«J’aimerais vraiment aller voir une thérapeute un jour, mais ce n’est pas dans mes moyens pour le moment», confie-t-elle. 

L'amour sans orgasme

En attendant, pas facile de vivre des relations amoureuses quand on n’a pas d’orgasme:

«Tout le monde est toujours complètement choqué, ou alors ils seront genre “Ouais, beaucoup de femmes ne peuvent avoir d’orgasme avec le sexe – c’est normal!”, dit-elle désabusée. Et puis, presque tous les gars à qui je le dis m’assurent qu’ils seront celui qui y arrivera.»

Les frustrations sont des deux côtés, et le mecs ne sont généralement pas très persévérants:

«Il faut croire que c’est quelque chose que les hommes font généralement aux femmes, hélas –ils vont abandonner assez vite quand ils me doigtent ou me font un cunnilingus. J’ai l’impression qu’ils se disent: “Je suis crevé; elle ne va pas jouir; où est l’intérêt?”

S’ils sont généralement éberlués d’apprendre qu’elle n’a jamais eu et n’aura jamais d’orgasme, certains réagissent même violemment:

«Une fois, un mec qui me faisait un cunni m’a demandé si j’étais proche de l’orgasme, j’ai dit non et expliqué la situation, et il est littéralement sorti du lit et a remis ses vêtements. Cela m’a anéanti

Stefani tient à rappeler une chose fondamentale: ne pas avoir d’orgasme, ce n’est pas rien ressentir. Il faut en parler très vite si l'on se sent bien avec son partenaire, afin d'éviter des situations gênantes.

«Essayez de ne pas vous dire que vous êtes cassée. Je pense qu’à partir du moment où vous l’avez accepté, cela devient plus facile d’être en paix avec soi-même.»

Et de voir le sexe non plus comme un impératif de jouissance, mais comme un moyen de se faire plaisir.

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