Monde

Définir une stratégie industrielle européenne vis-à-vis de la Chine

Mary-Françoise Renard, mis à jour le 20.03.2017 à 0 h 00

Les pays européens doivent définir une politique commune vis-à-vis de la Chine. L’Europe doit négocier la réciprocité en matière d’investissements  afin de pouvoir approfondir ses relations avec la Chine sans risquer de voir les perdants devenir plus nombreux que les gagnants.

©WeDoData

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Face aux profonds changements que connaît actuellement la mondialisation,  l’Europe doit se positionner sur une base collective vis-à-vis de  la Chine.

Après être devenue le premier pays d’accueil des investissements étrangers, la Chine a depuis quelques années comme stratégie de développer ses investissements partout dans le monde. Il y a plusieurs raisons à cela: assurer sa sécurité énergétique puisque son économie est très dépendante des matières premières, développer son marché, délocaliser sa production pour réduire ses coûts, et désormais surtout augmenter son niveau technologique.

Ce dernier point est fondamental. En effet, le Chine connaît un accroissement de ses coûts de production et notamment des salaires, elle est donc moins compétitive sur les produits incluant beaucoup de main d’œuvre et doit monter en gamme. L’un des principaux moyens d’améliorer la qualité de ses produits est de faire des transferts de technologie. C’est en partie pour cela qu’elle cherche à acheter des entreprises étrangères.

Depuis quelques temps, elle a subi une baisse de ses réserves en devises et le gouvernement a souhaité limiter les sorties de capitaux. Les investissements à l’étranger ont donc fortement chuté ces derniers mois. Il y de fortes chances pour cela ne modifie pas sur le fond sa stratégie. Après des rachats d’entreprises dans tous les domaines: immobilier, agro-alimentaire, culture et divertissement, clubs de sport…, il cherchera sans doute à limiter les investissements aux secteurs les plus importants pour son économie. C’est une raison supplémentaire pour que l’Europe soit vigilante.

En effet, la Chine impose un certain nombre de conditions aux entreprises qui investissent sur son territoire, mais l’inverse n’existe pas. Parce que les pays qui la composent sont en concurrence les uns avec les autres et parce qu’ils craignent les représailles de la Chine, l’Europe n’a pas de politique commune vis-à-vis des investissements et les accueille très largement. C’est sans doute son intérêt d’accueillir les investissements étrangers, chinois ou non, mais elle doit le faire sur la base de la réciprocité et avec une politique commune. La Chine profite, et exploite, les différences voire les divergences entre les pays d’Europe qui agissent en ordre dispersé, chacun essayant de se rendre le plus attractif possible.

Ce manque de vigilance risque d’avoir un coût élevé: la perte de notre avantage technologique et la mise en danger d’entreprises stratégiques pour notre économie. Le rachat de l’entreprise allemande de robots Kuka a fortement déplu au gouvernement allemand qui voit des capitaux chinois détenir désormais l’un des fleurons de son industrie.

Il est donc impératif que les pays européens réalisent l’importance de cet enjeu et définissent rapidement une politique commune en la matière, sauf à risquer de perdre une partie des entreprises les plus innovantes. Pour cela, il faut qu’une stratégie industrielle soit définie au niveau européen, que les dirigeants dépassent les comportements concurrentiels de court terme, et qu’ils construisent un code commun régissant les conditions d’accueil des investissements chinois.

L’Europe définit déjà la politique commerciale, qui est commune. A ce titre, elle a refusé à la Chine fin 2016, le statut d’économie de marché et a renforcé à son encontre les mesures anti-dumping. On peut s’en féliciter mais on peut aussi regretter ce qui n’est qu’une solution provisoire. La Chine ne sera pas plus une économie de marché dans un an ou deux ans et il serait sans doute salutaire de réfléchir à ce que doit être une politique plus protectionniste à son égard. Sans imaginer une tendance au repli national qui serait catastrophique à plusieurs niveaux, on pourrait considérer que les choix industriels justifient que l’on protège certains secteurs ou certaines entreprises. Malgré une politique officiellement commune, là encore, la concurrence entre les pays européens les a incités à traiter individuellement avec Pékin, en développant une diplomatie économique qui n’avait rien d’européen. L’Allemagne a été particulièrement active dans ce domaine.

Il est urgent que les chefs d’Etat européens travaillent à la définition d’une politique unique vis-à-vis de la Chine et particulièrement des rachats d’entreprises, ce qui nécessite une réflexion sur la politique industrielle et aurait le mérite de donner une nouvelle légitimité à une Europe qui en a bien besoin.