France

Obliger toutes les structures dotées de subventions publiques contre la radicalisation à se coordonner

Ouisa Kies, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 54

Obliger toutes les structures dotées de subventions publiques contre la radicalisation à se coordonner et à travailler ensemble, au moins tous les trimestres, pour échanger les bonnes pratiques et gagner en efficacité.

©WeDoData

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En France, en matière de lutte contre le terrorisme, les différentes structures, les acteurs, les praticiens de terrain ou les chercheurs, ne prennent pas le temps d’échanger sur leurs pratiques. Il existe bien des colloques pour les chercheurs, mais ils relèvent souvent de l'entre soi, restent entre laboratoires aux mêmes lignes idéologiques alors qu’il faudrait un mélange entre différents analystes et différentes théories pour faire avancer le débat.

Or, il n’existe aucune instance d'échange. Aucun moment n’est même prévu, entre toutes ces structures, pour qu’elle puissent échanger sur leurs pratiques. Il faudrait par exemple, contraindre toutes ces structures, tous les chercheurs, tous les organismes dotés du subvention publique à se réunir, au moins une fois par trimestre. 

Car l’échange est primordial: il permettrait, par exemple, de se mettre d’accord sur les termes: aujourd’hui, personne n’est d’accord sur le point de départ de l’extrémisme, du salafisme, sur le point de rupture, sur le passage à l’acte...  La définition de la notion même n’est pas forcément claire entre spécialistes. Or, c’est très compliqué de travailler sur un sujet si on n'a pas la même définition du phénomène.

Il faut déjà se mettre d’accord sur le fait que la radicalisation est un processus d’entrée dans la violence. Et sur la déradicalisation comme étant le fait de sortir ces individus de la violence.

Il faut donc déjà se mettre d’accord sur le fait que la radicalisation est un processus d’entrée dans la violence. Et sur la déradicalisation comme étant le fait de sortir ces individus de la violence. Pas de les faire changer de vision du monde! Pour moi, il y a différents degré de radicalité. Lorsqu'il y a une rupture dans les discours et/ou dans le comportement, qui n’utilise pas la violence mais qui en revanche met à mal le vivre ensemble -repli communautaire- ce n’est en aucun cas illégal en france. Ce qui pose la question de la dangerosité c’est la porosité possible entre les fondamentalistes et les radicaux islamistes et violents. Le passage à l’acte violent est certainement le dernier degré de radicalité et c’est ce qui est condamnable

D’où l’importance de ne pas concentrer ses efforts -et les crédits- sur la prison. C’est avant tout sur l’éducation et la prévention qu’il faut miser. C’est dès l’école qu’il faut agir. 

La question de l’évaluation est également primordiale. Elle est encore mal perçue car certains considèrent qu’on va évaluer les agents ou les institutions elles-mêmes. Mais l’évaluation permet au contraire de critiquer et de faire évoluer les différents dispositifs. Et d’améliorer la prise en charge. 

Il faut que l’Etat coordonne tous les acteurs qu’il dote de subventions publique

Il faut donc que l’Etat coordonne tous les acteurs qu’il dote de subventions publique. Et il y en a beaucoup. Il faut qu’il les oblige à se rencontrer, quitte parfois à ce qu’ils se contredisent! Un tel mécanisme permet d’éviter la monopolisation de la parole, comme cela peut avoir lieu par exemple avec la déradicalisation. Il faut aussi intégrer dans les appels d’offre une obligation d’évaluation des dispositifs. L’Etat est un régulateur. Il doit s’assurer d’éviter la concurrence entre les uns et les autres. Objectif: trouver des objectifs cohérents. 

Ouisa Kies
Ouisa Kies (1 article)
Sociologue