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Autoriser la conservation d'ovocytes pour des maternités tardives

Laurence Brunet, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 40

Cette mesure serait positive pour l'autonomie individuelle des femmes, mais aussi pour la société dans son ensemble.

©WeDoData

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La vitrification ovocytaire est un nouveau procédé de congélation dont il est établi qu’il est sans danger et le plus efficace pour conserver les ovocytes. Mais en France, le procédé est exclusivement réservé aux dons d’ovocytes et à la préservation de la fertilité pour raison thérapeutique, par exemple avant un traitement anti-cancéreux qui risque de rendre infertile ou lorsqu'est détectée une ménopause précoce.

La réserve ovocytaire des femmes commence à se détériorer vers 35 ans et la chute de fertilité s'accélère après 38 ans. Si le nombre et la qualité de ses ovocytes baissent tôt, en revanche, une femme en bonne santé peut porter un enfant sans risque jusqu'à 45/47 ans. Pourquoi ne pas permettre alors aux femmes de congeler leurs ovocytes lorsqu'ils sont «jeunes» pour pouvoir les utiliser un peu plus tard, via une fécondation in vitro (FIV), lorsqu'elles seront prêtes à avoir un enfant mais que leur horloge biologique les empêchera d'être enceintes spontanément?

Des arguments d'ordre individuel...

L'autonomie des femmes

Pourquoi l'Etat interdit-il cette mesure de précaution? Au nom de quoi devrait-il encore se mêler de l'autonomie reproductive des femmes?

Pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas repousser l'âge de la maternité tant qu'elles n'ont pas trouvé une situation matérielle et professionnelle stable et confortable?

Pourquoi les femmes ne pourraient-elles profiter un peu plus de leur plaisir à travailler (ce qui ne veut pas dire qu'elles seraient alors nécessairement carriéristes) et à s'engager dans la vie sociale (ce qui prouve qu'elles ne sont pas égoïstes) avant d'assumer la responsabilité d'une famille?

Pourquoi les femmes ne pourraient-elles se montrer exigeantes dans leur choix d'un partenaire et attendre pour de vrai le prince charmant? Si les femmes font des enfants tard ou se résignent à ne pas en avoir, ce n'est pas parce qu'elles n'ont pas envie d'en avoir, mais parce qu'elles n'ont pas trouvé avant le bon compagnon qui sera le bon père.Et si elles le trouvent, alors que l'horloge biologique est bien avancée, elles craignent de laisser transpirer leur fort désir d'enfant… et de faire ainsi fuir leur nouvel amoureux réticent à se précipiter dans un projet parental!

L'égalité biologique homme–femme

Pourquoi donc, tout simplement, les femmes ne pourraient-elles avoir les mêmes envies, les mêmes opportunités, les mêmes choix que les hommes? C'est à rétablir cette égalité de situation que l'autoconservation pourrait contribuer… ou tout au moins à compenser en partie les inégalités physiologiques, et leurs conséquences sociales, entre les hommes et les femmes. Il n'est en effet pas envisageable d'étendre par la bio-médecine la fertilité des femmes jusqu'aux limites dont celle des hommes est dotée par nature (environ 60 ans). Un seuil à ne pas dépasser est souvent plébiscité par les femmes: 45-48 ans. C'est celui au-delà duquel la grossesse elle-même devient dangereuse.

... et au nom du collectif

L'argument démographique

C’est un fait que les femmes entrent en maternité plus tard: l’âge moyen du premier enfant est 30,4 ans. Ce recul n'est plus compensé par une augmentation des naissances aux âges plus élevés, car l’indicateur de fécondité est en baisse depuis 2 ans en France (1,93/an en 2016 contre 2 en 2014 selon l'Insee). La question de l'extension des limites physiologiques des femmes pour enfanter commence donc à se poser avec acuité au niveau collectif: l'autoconservation par les femmes de leur ovocytes semble être le moyen le plus efficace pour y répondre.

Résoudre un paradoxe médical et social

Pourquoi laisser les femmes s'engager dans des parcours d'AMP éprouvants, voués à l'échec après 40 ans sans recours à un don d'ovocytes, et ne pas leur permettre d'auto-conserver leurs ovocytes alors que cette précaution leur permettrait d'éviter ces parcours difficiles où les taux de succès sont faibles ou bien le recours au don, qui entraîne une rupture génétique très dure à surmonter pour certaines femmes?

De plus, n’est-ce pas contradictoire d’inciter collectivement des femmes jeunes à donner leurs ovocytes pour des femmes âgées et de ne pas leur permettre de les conserver pour le jour où elles seront âgées? La solution retenue par la loi Bioéthique de 2011, qui conditionne l'autoconservation au don d'une partie de ses ovocytes, n'est pas satisfaisante: il y a là un amalgame, dénoncé par nombre de médecins, entre des démarches de nature différente (donner n'est préserver) et la répartition des ovocytes collectés se fait au terme d'une comptabilité contestable (si moins de cinq ovocytes sont ponctionnés, ils seront tous destinés au don, même si la donneuse voulait aussi en conserver pour elle-même)

Un financement équitable

La Sécurité sociale ne peut plus être indéfiniment sollicitée, surtout pour prendre en charge un traitement préventif et non curatif. Certes, cette solution créerait une inégalité entre les femmes selon leurs ressources mais seule l'étape de la conservation serait à leurs frais car, en cas d'infertilité ultérieure avérée, le recours à leurs ovocytes dans le cadre d'une FIV serait prise alors en charge. Et si les femmes n'utilisent pas leurs ovocytes et les donnent, on pourrait leur rembourser les frais initiaux de conservation.

Laurence Brunet
Laurence Brunet (1 article)
Juriste à l'Institut des sciences juridiques et philosophiques de la Sorbonne