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Suspendre le droit de veto à l’ONU lors des discussions sur les crimes de masse

Chloé Maurel, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 57

Le droit de veto dont disposent les 5 membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU (France, Etats-Unis, Royaume-Uni, Chine, Russie) est un facteur de blocage de l’ONU. Il paralyse cette institution et nuit à son efficacité. Le supprimer, ou au moins le suspendre, s’impose. Cela permettrait à l’ONU d’être plus démocratique et efficace.

©WeDoData

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Le droit de veto a été utilisé plus de 265 fois depuis la création de l’ONU. Ce veto paralyse l’ONU, de nombreux exemples l’attestent: pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), l’ONU n’a pas pu agir à cause de la menace du veto français; pendant la guerre du Vietnam, dans les années 1960, l’ONU est restée impuissante à intervenir à cause de la menace du veto américain. Les Etats-Unis ont beaucoup utilisé leur veto depuis les années 1970, essentiellement au sujet de la question israélienne, afin de défendre leur allié Israël, ce qui a entravé la résolution par l’ONU du conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui, dans le conflit en Syrie, la Russie a utilisé à 6 reprises son veto, contre l’adoption de projets de résolution, notamment proposés par la France, pour l’arrêt des bombardements en Syrie.

De plus, le veto est un mécanisme non-démocratique. Il n’est pas justifié que 5 pays aient ce pouvoir exorbitant de dire non à une décision prise par la majorité des 193 Etats membres de l’ONU. Aujourd’hui, ces 5 puissances ne représentent plus que 30% de la population mondiale. Il faut réformer l’ONU pour rendre son fonctionnement plus démocratique. L’Assemblée générale, où chacun des 193 Etats membres dispose d’une voix, est un organe démocratique, mais le Conseil de sécurité, composé de 15 Etats dont les 5 membres permanents dotés du droit de veto, l’est moins. Or, c’est le Conseil de sécurité qui dispose du pouvoir exécutif, l’Assemblée générale n’ayant en fait qu’un pouvoir consultatif. Pour démocratiser l’ONU, il faut donner plus de pouvoir à l’Assemblée générale et peut-être pondérer son système de vote en fonction de la population de chaque pays. En effet, la Chine, avec 1,3 milliard d’habitants, devrait légitimement disposer de plus de voix que de petits pays comme le Vanuatu qui n’ont que quelques milliers d’habitants.

Depuis quelques années, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme du droit de veto. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU de 1997 à 2006, a réclamé à la fin de son mandat une suspension du droit de veto au cas où sont discutées des situations où des crimes de masse sont en cours. La France a elle-même porté officiellement cette proposition depuis 2013, l’a réitérée en 2015 puis en 2016. Cette initiative est soutenue aujourd’hui par une centaine de pays, soit la majorité des Etats-membres de l’ONU. Il est donc temps qu’elle soit adoptée!

Cette réforme permettrait à l’ONU d’être plus efficace et utile. En effet, au XXIe siècle, nous avons plus que jamais besoin de l’ONU. Loin d’être devenue obsolète ou inutile, l’ONU a fort à faire, car les grands problèmes actuels sont des problèmes transnationaux, c’est-à-dire des problèmes qui dépassent les frontières étatiques: la pollution, le terrorisme, l’évasion fiscale, la propagation des maladies... Etant transnationaux, ces problèmes ne peuvent pas être réglés par un seul Etat, unilatéralement. Ils ne peuvent être résolus que par une organisation mondiale et universelle comme l’ONU.

L’ONU est, rappelons-le, l’instance internationale la plus démocratique et universelle, car elle rassemble quasiment tous les pays du monde sur une base égalitaire (à l’Assemblée générale) et qu’elle repose sur des idéaux de paix, de progrès social et de droits de l’homme, contrairement à d’autres instances qui la concurrencent et la marginalisent, comme l’OCDE (qui ne compte que 35 Etats membres, essentiellement des pays riches, sous influence américaine), le G7-G20 (qui n’est qu’un club de grandes puissances), l’OTAN (agence militaire sous domination des Etats-Unis), le FMI (où les Etats les plus riches disposent de plus de votes que les autres)... Il faut donc renforcer l’ONU et lui donner les moyens d’agir.

Pour pouvoir agir efficacement, il faut donc suspendre, puis supprimer, le droit de veto. Il faut également donner plus de pouvoir aux casques bleus de l’ONU, en faire une véritable force offensive, capable d’imposer la paix, au besoin par la force, dans les zones en conflit, comme aujourd’hui la Syrie. Cela correspond d’ailleurs à l’esprit de la Charte de l’ONU de 1945, notamment de son chapitre VII. 

La création de l’ONU en 1945 était la victoire de l’idéal multilatéraliste, c’est-à-dire l’idée que les pays cherchent ensemble des solutions aux problèmes et aux conflits qui les affectent. Aujourd’hui l’ONU est en crise et on voit un retour de l’unilatéralisme, c’est-à-dire de la volonté de certaines puissances (Etats-Unis, Russie...) de «faire la loi» par elles-mêmes, seules, sans consulter les autres pays. Il faut d’urgence restaurer l’idéal du multilatéralisme et pour cela démocratiser l’ONU et lui donner plus de pouvoir. 

Chloé Maurel
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