Economie

Reprendre le pouvoir dans nos entreprises par une baisse de la fiscalité

Michel Ruimy, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 43

Les acteurs historiques du financement de l’économie française sont soumis à de plus en plus de contraintes. Un des défis du nouveau président sera, dès lors, de faciliter le retour des Français dans le capital des entreprises nationales au risque de voir celles-ci s’internationaliser.

©WeDoData

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Tout étudiant, ayant suivi, ces dernières années, un cours d’économie générale, aura appris que le secteur financier assurait, après la seconde guerre mondiale, le financement, fortement intermédié, de l’économie française; qu’en l’absence d’actionnaires privés, l’Etat était devenu entrepreneurial et un important décisionnaire de nombreuses entreprises industrielles et commerciales du secteur concurrentiel et qu’enfin, notre économie était une économie d’endettement, aussi bien public que privé, au cœur de laquelle le système bancaire était devenu un acteur incontournable.

Des années plus tard, ceci n’est plus vrai. Les privatisations des années 1980 en particulier, ont, en effet, réduit l’importance de l’Etat dans son rôle d’actionnaire. De nos jours, outre l’Agence des participations de l’Etat, dont le montant des participations s’élevait, en 2015, à 90 milliards d’euros contre 110 milliards, un an plus tôt, l’Etat peut intervenir indirectement via Bpifrance, (il est actionnaire à 50% avec la Caisse des dépôts et consignations), qui intervient en partenariat avec les acteurs privés, en financement comme en investissement. Ainsi, si l’Etat propriétaire est en constant recul, l’Etat actionnaire est, lui, en nette progression.

De surcroît, depuis la faillite de Lehman Brothers et la crise financière de 2007-2008, les banques et les compagnies d’assurance sont obligées, pour des raisons réglementaires (contraintes de solvabilité et de liquidité), de réduire leur part de portefeuille de placement investi en actions, ce qui va les conduire à prêter sur un horizon temporel plus court, à un taux plus élevé.

Le monde d’hier s’est ainsi peu à peu écroulé. Comment financer l’économie, à l’avenir ? La question est toujours la même… mais les apporteurs de capitaux traditionnels n’en ont plus vraiment la capacité. Afin de répondre aux besoins de notre appareil productif, il pourrait être alors judicieux notamment de songer à désintermédier notre système financier en permettant aux ménages de financer directement les entreprises, en d’autres termes, devenir actionnaires en contribuant au renforcement de leurs fonds propres. Car la place de l’actionnaire privé est devenue portion congrue : plus de 45% de la capitalisation boursière de Paris est détenue par des non-résidents (contre 23% en 1995) et le taux global de détention des petits porteurs est passée de 25% à 10% en près de vingt ans.

Certes, le financement participatif existe déjà mais il reste embryonnaire. A l’heure des vœux, l’impulsion nécessaire pourrait venir du nouveau président. Il pourrait renforcer l’actionnariat individuel en favorisant l’investissement en fonds propres, en créant des fonds de retraite par capitalisation en complément du système actuel (retraites par répartition), en diminuant la fiscalité sur le capital, lourdement taxé (ISF + alignement des impôts sur les revenus du capital sur ceux du travail). Ainsi, mieux que tout discours sur le patriotisme économique, il devra agir pour que les Français reprennent, dans les faits, le pouvoir dans le capital de leurs entreprises sans pour autant exclure la possibilité, pour l’Etat, d’intervenir ponctuellement dans tel ou tel secteur stratégique.

 
Michel Ruimy
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