Culture

Comme Penelope Fillon, je collabore à des revues littéraires. Sauf que personne n'a jamais songé à me payer!

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 08.03.2017 à 11 h 56

[Blog] Participer à une revue littéraire, c'est exaltant, c'est gratifiant, c'est stimulant. Mais cela ne paye pas ou peu.

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Depuis le début de ma splendide carrière d'écrivain –six romans au compteur et aucun prix à déclarer– voilà vingt-cinq ans, il m'est arrivé à moult reprises de collaborer à une revue littéraire.

Oui, bien souvent, je fus la Penelope Fillon ici d'un fanzine lycéen, là d'une feuille de chou s'adressant à la communauté des chauves aux racines sémites, d'autres fois encore dans une publication prestigieuse destinée à être lue par des lecteurs sensibles à la question de l'environnement dans les romans de Virginia Woolf.

Des dizaines et dizaines de collaborations qui m'ont valu certes des remerciements, certes des exemplaires gratuits, certes des embrassades et des poignées de mains fraternelles mais qui jamais ô grand jamais n'ont permis à mon compte en banque de décoller des basses eaux où il se morfondait depuis sa venue au monde.

Ou alors seulement sous la forme d'un versement symbolique, si symbolique d'ailleurs qu'il me permettait tout juste d'offrir à mon chat une nouvelle brosse afin de remplacer la pince à raclette dont j'usais d'ordinaire pour lustrer sa rousse pelisse.

À dire vrai, je ne m'en suis jamais ému: nous autres écrivains œuvrons avant tout pour la postérité, pour l'immortelle gloire d'avoir vu son œuvre être pilonnée de son vivant, pour la beauté de découvrir sa prose vendue d'occasion auprès de bouquinistes peu scrupuleux et non point afin de s'enrichir plus que de raison.

Avec l'amour de la littérature, nous partageons l'adoration de la pauvreté, le culte de la mendicité et la passion de l'éternelle précarité.

Bon, tout ceci était vrai avant l'affaire Penelope.

De savoir que pour quelques misérables comptes-rendus de lecture, une dizaine tout au plus selon ses dires, Madame Fillon était payée comme une assistante parlementaire de haut vol, que ses émoluments dépassaient parfois le simple capital d'une honnête maison d'édition, qu'en une seule contribution à la Revue des Deux Mondes, elle touchait plus d'argent que je ne saurais en gagner dussé-je vivre plusieurs vies, depuis cette révélation la donne a changé.

J'ai rappelé tous les anciens responsables des revues auxquelles j'avais prêté mon illustre talent, j'ai exigé des explications, j'ai demandé à examiner la comptabilité, je les ai sommés de me verser les reliquats de mes contributions, sans quoi j'alertais Monsieur Fillon au sujet de leurs pratiques douteuses, je n'ai rien obtenu si ce n'est des mails d'insultes, des menaces de boycott voire des demandes en duel.

Entre-temps, une revue qui venait d'être créée m'a demandé si j'étais intéressé de participer à son comité éditorial, j'ai dit: «Oui, sans problème, ce sera cinq mille euros».

Elle ne m'a jamais relancé.

J'ai écrit à Marc Ladreit de Lacharrière, le propriétaire de la Revue des Deux Mondes, je lui ai vanté mes mérites, j'ai fait éloge de mon génie, j'ai loué la qualité de mes écrits ; pensant que Penelope avait su le séduire par son exotisme gallois, je l'ai entretenu de mes racines belges et tunisiennes, j'ai même été jusqu'à lui proposer de rédiger l'intégralité de son prochain numéro contre mille euros symboliques, il n'a daigné me répondre.

Du coup, je me suis proposé pour écrire les discours de François Fillon.

Il paraît qu'il paye bien, le bougre.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (71 articles)
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