Science & santé

Donner un rôle plus important aux plus jeunes médecins à l’hôpital public… pour qu’ils ne le quittent pas

François-Jérôme Aubert, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 39

La pénurie de médecins est le plus grave problème des hôpitaux publics. Les jeunes praticiens sont pourtant formés à l’hôpital. Ils y resteront si leur rôle devient plus important.

©WeDoData

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Plus d’un poste de médecin hospitalier sur cinq est vacant en France[1]. Le relèvement trop tardif et insuffisant du numerus clausus et la concurrence d’autres modes d’exercice empêchent les hôpitaux de pourvoir une partie des postes.

C’est particulièrement net dans les disciplines qui requièrent un nombre important de gardes (anesthésie-réanimation, SAMU, urgences), ou quand la rémunération proposée dans le secteur privé est beaucoup plus élevée (radiologie). De plus, la profession médicale se féminise, ce qui accroît la proportion de praticiens exerçant à temps partiel. En outre, les médecins hospitaliers n’échappent pas à l’évolution de la société sur l’équilibre «work-life». Ils souhaitent un exercice professionnel stimulant, mais qui ne soit pas physiquement épuisant.

Les jeunes praticiens notamment critiquent les modes de fonctionnement de l’hôpital: hiérarchie excessive, excellence indispensable dès le plus jeune âge pour accéder aux carrières les plus intéressantes, répétitivité de l’exercice clinique, statuts trop rigides. Ils regrettent aussi le manque de lisibilité des stratégies d’établissement et des projets médicaux.

Or, l’hôpital public forme tous les jeunes praticiens. Conserver certains d’entre eux après la fin de leur formation est donc une nécessité vitale pour l’hôpital. C’est la seule solution pour préserver l’offre de soins publique. Et dans certaines régions peu attractives, c’est même la seule solution pour maintenir la dernière offre de soins qui demeure.

Pour être atteint, cet objectif nécessite de rénover en profondeur la relation que l’hôpital entretient avec les jeunes praticiens. Et c’est un défi, car l’enseignement médical présente une dimension symbolique filiale très spécifique, comme indiqué dans la version d’origine du serment d’Hippocrate : « Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours »[2]. Modifier les relations entre les générations de médecins n’est donc pas anodin, et doit se faire dans le respect de la position des plus âgés. Il convient pourtant d’accorder aux jeunes un rôle accru, qui leur prouvera qu’ils sont au centre des préoccupations des décideurs hospitaliers.

Et en premier lieu, ces décideurs devront leur concéder une place en leur sein. Les jeunes praticiens doivent ainsi être représentés dans les instances de décision de l’hôpital. Leur voix influera directement sur les orientations des établissements. Ainsi, la vice-présidence du « parlement » des médecins, la commission médicale, devra être réservée à un jeune praticien (en statut non pérenne, ou en statut pérenne depuis moins de deux ans). De même, un jeune praticien devra être membre de l’organe de conseil du directeur, le directoire.

Ensuite, les jeunes praticiens devront avoir une meilleure vision de l’avenir qui leur est proposé. Cela nécessite des parcours de carrière anticipés, et non des propositions concrètes souvent confirmées à peine quelques semaines avant la fin de l’internat. Dès le début de l’internat, les praticiens en formation auront accès aux profils de poste prévus pour leur future activité. Les évolutions des missions devront être prévues. En particulier, l’implication dans la recherche clinique fera l’objet d’une communication, car c’est un point fort de l’hôpital public pour les médecins. La recherche clinique permet à la fois de briser le caractère répétitif de l’activité de soin et de renforcer la stimulation intellectuelle dans le cadre de l’exercice médical. Et la recherche doit associer tous les hôpitaux, et pas seulement les plus importants.

Enfin, les conditions matérielles des jeunes praticiens doivent être améliorées. Les rémunérations globales ne pourront concurrencer celles du secteur privé, en raison de la situation financière difficile des hôpitaux. Mais des progrès peuvent être réalisés sur deux points. D’une part, la rémunération peut être améliorée en début de carrière, afin de conserver les praticiens dans la période où ils sont le plus susceptible d’être mobiles. Pour cela, il convient que les mesures ministérielles de revalorisation soient désormais réservées aux jeunes praticiens dans les années à venir. D’autre part, les contraintes de la permanence des soins (gardes et astreintes) sont un repoussoir pour les jeunes médecins. Elles  doivent être réduites, par une association obligatoire du secteur privé à cette activité.

Toutes ces mesures doivent permettre d’inciter davantage de jeunes praticiens à faire le choix de l’hôpital public; pour éviter que la pénurie de médecins ne se renforce encore dans les cinq années qui viennent.

 

[2] Le serment d’Hippocrate, traduction de Littré. Le serment d’Hippocrate a été remplacé en France par le serment médical au vingtième siècle.

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