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Moqué à la télé pendant des années pour ses ratages à répétition, un joueur NBA a fini par craquer

Grégor Brandy, mis à jour le 02.03.2017 à 14 h 18

La célèbre séquence «Shaqtin' a Fool» a débouché sur une bien triste histoire.

Shaquille O'Neal et JaVale McGee, en 2013. Capture d'écran. TNT.

Shaquille O'Neal et JaVale McGee, en 2013. Capture d'écran. TNT.

C'est triste mais JaVale McGee est sans doute plus connu pour ses bourdes que pour son talent. Le basketteur des Golden State Warriors fait plus régulièrement parler de lui pour s'envoyer un alley oop [l'action de reprendre une passe en vol pour dunker, ndlr] à lui-même quand son équipe est menée, se replier en défense alors que son équipe continue d'attaquer, ou faire une remise en jeu pour la mauvaise équipe plutôt que pour ses actions d'éclat sur le parquet. On peut sans doute le regretter, mais depuis quelques jours, toute cette histoire a pris une tournure un peu plus sombre. Et à un véritable règlement de comptes en public.


Retour en arrière. Depuis la saison 2011-2012, l'ancienne star de la NBA, Shaquille O'Neal (quatre titres NBA au compteur) s'amuse chaque semaine avec une séquence compilant cinq actions ridicules. Passes pour personne, dunks ratés, marchers scandaleux, simulations, à peu près tout y passe.

Ça s'appelle «Shaqtin' a Fool», un jeu de mots sur le surnom de l'ancien joueur (Shaq) et l'expression «Actin' a Fool», qu'on pourrait traduire par «Faire n'importe quoi». Et il se trouve que Shaq et l'équipe qui écrit cette séquence aiment bien s'amuser des ratés de JaVale McGee. Au fil du temps, Shaquille O'Neal s'est même amusé à accentuer chacune de ses apparitions et à le surnommer parfois «Tragic Bronson», sorte de Magic Johnson –l'ancienne gloire du basket américain– à l'envers. Sur les deux premières années, McGee a à chaque fois remporté le prix de MVP de la séquence alors qu'il jouait pour Washington puis Denver.

L'interview étrange de 2013

Mais le joueur n'a pas tout à fait le même humour que l'ancienne star. En 2013, interviewé par Shaquille O'Neal qui fêtait son anniversaire, McGee avait déclaré ne pas regarder l'émission, et qualifiait O'Neal de «tyran», de «coon» –un terme raciste pour désigner les noirs–, et d'être super vieux, sans trop qu'on sache s'il rigolait ou était sérieux. Shaq avait alors tenu à défendre sa séquence et expliquer que ce n'était pas fait dans un mauvais esprit.


 

«Tout ce que tu fais, je le faisais moi aussi à l'époque. Bonne chance pour la suite. On t'aime frérot. On se moque beaucoup de toi, mais on adore ta façon de jouer, ton style de jeu. Merci beaucoup. Mais à chaque fois que tu te planteras, tu sais que tu finiras dans “Shaqtin' a Fool”.»

Et puis, tout a repris. McGee a continué à rythmer «Shaqtin' a Fool» de ses apparitions plus ou moins régulières selon les périodes. Cette saison, le joueur de Golden State est déjà apparu à six reprises dans la séquence, et si on pouvait en voir les prémices au mois de janvier, tout a fini par exploser à la fin du mois de février.

Dans son émission, O'Neal a continué d'appuyer là où ça fait mal, en réalisant une parodie de la bande-annonce de Doctor Strange. On peut y voir une compilation du pire de JaVale McGee (provenant pour la plupart de saisons passées), devant un O'Neal incrédule. Pour lui, impossible que de telles actions se produisent dans le monde réel.

État de guerre sur Twitter

Et McGee, qui assurait ne pas regarder l'émission a quand même tweeté une série de réponses à l'ancienne star de la ligue américaine.

Shaq, sors mes couilles de ta bouche. Et AUB! #cesttout

Dernière chose; pensez-y... il s'est réveillé et j'étais la première chose qui lui est venu à l'esprit quand il a fait cette vidéo? ÇA VOUS SEMBLE PAS BIZARRE?

Peut-être qu'il est amoureux de moi... peut-être que je devrais me sentir flatté? Je sais pas les gars!!

Ce à quoi Shaq dans sa finesse légendaire a fini par répondre plutôt violemment.

Fais pas le gangsta. Je vais défoncer ton cul de clodo. C'est toi qui auras l'air con

Puisque t'es dans une bonne équipe maintenant, tu veux faire comme si t'étais un grand. Arrête ça. On se souviendra de toi uniquement pour «Shaqtin' a Fool»

On verra si t'es si fort quand on se verra

Amérique, voici Javale «le clodo» McGee

McGee a ensuite lancé à son tour quelques insultes sur son compte Twitter:

Oh des menaces? Casse toi, vieux bâtard... Tu vas rien faire!!! La tête de ma mère... Continue de faire rire les blancs en t'en prenant aux noirs!

Oublie la bonne équipe. Je suis un adulte. Tu as ces couilles dans ta bouche depuis cinq ou six ans maintenant. Tu pensais que j'allais continuer à ne rien dire?

Les coéquipiers de McGee et son entraîneur sont montés au créneau. Kevin Durant, l'un des tout meilleurs joueurs de la ligue, et qui joue également aux Warriors a tenu à prendre sa défense:

«JaVale travaille très dur. Il est venu ici et il fait très bien son boulot. Il veut juste qu'on le respecte comme n'importe qui d'autre.»

L'équipe, finaliste l'année dernière, a par ailleurs appelé la chaîne qui diffuse l'émission à faire quelque chose, tout comme la mère du joueur —ancienne championne olympique–, qui a appelé TNT à licencier –ou au moins suspendre– son chroniqueur star, qui selon elle, a harcelé son enfant.

Du harcèlement?

De quoi se demander si O'Neal est allé trop loin dans la critique et si ses moqueries répétées sont devenues du harcèlement. Ce débat a notamment occupé un segment entier de «Hang Up and Listen», le podcast consacré au sport de Slate.com.

«Quand va-t-on trop loin? Il est clair que Shaq harcèle ce type. Il l'attaque de façon incessante. C'est la répétition des moqueries qui font que ça va trop loin.»

Moqué à répétition, McGee a pourtant des stats plus que raisonnables sur certaines saisons. Et cette année, il semble satisfaire les observateurs, ses coéquipiers, et son entraîneur.

Le problème n'est pas l'existence même de «Shaqtin' a Fool» ou le concept même de se moquer des joueurs qui font n'importe quoi. Comme l'explique justement Stefan Fatsis dans le podcast, les joueurs eux-mêmes, et leurs coéquipiers sur le banc sont les premiers à s'amuser d'un air-ball et de leurs erreurs. Mais dans le cas de JaVale McGee, ces répétitions finiraient probablement par toucher n'importe quel joueur, et ce, même si McGee a toujours fourni des dossiers exceptionnels à ceux qui aiment s'amuser de ses erreurs.

«C'est comme critiquer un écrivain qui suremploie certaines références, explique Josh Levin, le présentateur du podcast. Il continue de merder encore et encore. Je pense qu'il est devenu la mascotte de cette séquence. Si vous en faites une, c'est la personne qui la représente le mieux. C'est inhabituel en NBA.»

Trop personnel?

Au risque de rentrer dans un cercle vicieux, rappelle Stefan Fatsis.

«Le vrai problème, c'est que c'est devenu très personnel. Il s'en prenait à sa réputation. Et ça ne lui plaisait pas.»

Pour aller dans ce sens, Steve Kerr a volontairement grossi le trait. L'entraîneur de McGee aux Warriors a ainsi expliqué qu'il avait un a priori négatif sur son joueur avant qu'il n'arrive en début de saison, et que «cela venait en grande partie de “Shaqtin' a Fool”».

Et toute cette accumulation a amené l'affaire à prendre une tournure dramatique. The Undefeated compare ainsi ceci à un homme qui se fait tellement insulter dans un match entre amis, qu'il finit par sortir une arme de sa voiture, et que tout le monde commence à courir pour sa vie.

L'erreur de JaVale McGee

Parce qu'il est vrai McGee aurait aussi pu tourner tout cela à son avantage, en s'amusant de la situation, ou en se moquant d'O'Neal, connu notamment pour son manque de réussite aux lancers-francs, plutôt que de lui balancer des insultes homophobes et violentes. McGee aurait aussi pu trouver un moyen pour capitaliser sur cette image, explique Mike Pesca dans le podcast de Slate.com.

«Personne d'à peu près décent ne peut trouver quelque chose d'un peu drôle et transformer tout ça en une opportunité marketing? Imaginez une prise de bec marrante sur Twitter avec Shaq: ça aiderait grandement la marque McGee, si une telle chose existe. On peut imaginer une série de pubs où McGee fait quelque chose de stupide et Shaq remue la tête.»

S'il est fort improbable que la rancœur entre les deux hommes se règle ainsi, on sait que Shaquille O'Neal a reçu des «ordres venus d'en haut» (en l'occurence de sa mère) et qu'il a décidé d'arrêter de s'en prendre à JaVale McGee.

«Dites que la maman de Shaq lui a dit: “Arrête ces bêtises. Laisse-le tranquille.” Cette embrouille est finie. Vous ne m'entendrez plus sur le sujet. Maman a parlé.»

Comme au collège, il a finalement fallu que les parents s'en mêlent pour que les enfants arrêtent leurs bêtises.

Grégor Brandy
Grégor Brandy (437 articles)
Journaliste
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