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L'incroyable histoire du sans-abri qui vient de révolutionner la prévention du sida

Repéré par Xavier Ridel, mis à jour le 01.03.2017 à 18 h 50

Repéré sur Buzzfeed

Greg Owen a permis de populariser et de rendre accessible la PrEP en Grande-Bretagne.

Capture d'écran Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=ilEFdCIEo14

Capture d'écran Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=ilEFdCIEo14

En douze mois, le nombre d’homosexuels diagnostiqués comme porteurs du VIH a baissé de 40% à Londres. Comptez un tiers sur l’ensemble de l’Angleterre. Cette chute stupéfiante s’explique notamment par l’histoire incroyable d'un homme, Greg Owen, que Buzzfeed a longuement rencontré.

Lors de l’été 2015, cet ancien prostitué travaille comme barman à Londres. Venu d’Irlande pour être acteur, il mène une vie nocturne assez chaotique, entrecoupée de prises de drogue régulières, et dort sur le canapé d’un ami. Étant donné son mode de vie chaotique, il craint de devenir séropositif. C’est donc avec beaucoup d’intérêt qu’il entend parler la première fois de la PrEP, un traitement très efficace dans la prévention du virus mortel. Seulement, les pilulles ne sont pas disponibles auprès de le NHS, la sécurité sociale britannique, et leur prix avoisine les 600 euros par mois.

Owen réussit à se obtenir le médicament par l'intermédiaire d'un ami pour se prémunir de la maladie. Il évoque le projet sur son blog mais avant d'attaquer les médicaments accepte de se faire tester. Trop tard pour lui, découvre-t-il. Il est séropositif. En août 2015, il poste la nouvelle sur Facebook et reçoit des centaines de messages de soutien. Sur son blog, de plus en plus de personnes viennent se renseigner sur ce traitement dont il parlait.

La fondation d'IWantPrEPNow.co.uk

Pour couper court à leurs interrogations, il crée le site IWantPrEPNow.co.uk afin de répertorier toutes les informations qu’il détient sur le sujet. Surtout, il lui vient une pensée:

«Je me suis dit: “Je suis sûr d’avoir entendu quelque part qu’il était possible pour l'hépatite C d’importer un générique de médicament, pour un dixième de son prix”.»

Pourquoi ne pas faire la même chose avec la PrEP? Owen appelle un de ses amis, qui travaille dans une clinique privée. Ce dernier lui assure qu’il existe bien des génériques, et que ces derniers ont été testés, avec des résultats positifs pour la plupart. En outre, ceux-ci coûtent 60 euros par mois, soit un dixième du prix des originaux. Son ami lui montre donc tous les sites à l'étranger sur lesquels il est possible d’acheter les bons génériques, et lui dit:

«Non seulement tu peux le faire, mais tu dois le faire. Nous avons attendu que quelqu’un agisse. On diagnostique des gens tous les jours, et tu sais combien c’est crève-cœur de savoir que la PrEP pourrait tout arrêter, et de ne rien pouvoir faire?»

En septembre 2015, un rapport encense les bons résultats du traitement. La PrEP a l'efficacité d'un préservatif, et il n'impose pas de contraintes matérielles d'en avoir sous la main au moment où on en a besoin.

Une radio finit par l’inviter pour parler de son site. Il y passe vingt minutes à l'antenne et le taux de fréquentation décolle. Il reçoit des centaines de messages et de demandes d’informations, auxquelles il doit répondre en faisant des recherches sur Google.

«C’était un aveugle guidant d’autres aveugles», affirme-t-il en riant.

Les médecins se montrent également intéressés. Certains renvoient leurs patients vers le site. Surtout qu'en mars 2016, le NHS annonce qu’elle ne fera pas de la PrEP un médicament disponible à grande échelle. Un coup de massue, qui fait de la publicité à Owen…

«Tout ça était très bizarre. Je suis passé du statut de prostitué un peu sale, qui sortait tout le temps dans des clubs de Vauxhall à… tout d’un coup, j’étais perçu comme le “bon gay”… Le “leader de la communauté”.»

Un succès fulgurant, et une aide majeure

Owen finit par se consacrer à plein temps en tant que bénévole à son site. Puis, le 4 décembre 2016, le NHS perd un procès et accepte donc de financer un nouveau test de prise en charge de la PrEP. Sheena McCormack, une médecin qui l'a longuement soutenu, lui annonce:

«Vous avez fait quelque chose que nous –médecins, professeurs ou chercheurs– n’aurions pas pu faire. Vous avez convaincu les gens qu’ils devaient utiliser la PrEP parce que vous leur avez montré combien c’était simple. Et ensuite, vous leur avez apporté un support, et fait en sorte que tout ça leur soit accessible

En 2016, dans quatre cliniques de Londres, le nombre de diagnostiqués a ainsi baissé de 300 personnes. Il est difficile de savoir précisément combien de patients seront sauvés du VIH grâce à la PrEP. McCormack l'affirme à Buzzfeed:

«C’est indescriptible. C’est la récompense ultime pour tout ce que tu fais, ou essaies de faire, que de voir ce genre de différence. Tout le monde rêverait d’avoir cet impact

En France, la PrEP est disponible depuis janvier 2016 et remboursé à 100% par la Sécurité sociale, comme l’affirme le site vih.org. Pour plus d'informations, rendez-vous sur ce site.

Corrections: Une première version de cet article indiquait qu'en France, la PrEP était disponible depuis 2015. C'est en réalité janvier 2016. Nous avions également confondu à plusieurs reprises, VIH et sida.

 

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