Double XTech & internet

Le récit hallucinant d'une ingénieure qui dénonce le sexisme au sein d'Uber

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 20.02.2017 à 15 h 36

Repéré sur SusanJFowler.com, CNN

Son témoignage a permis la mise en place d'une enquête.

Logo de l'entreprise Uber.

Logo de l'entreprise Uber.

Susan Fowler est ingénieure chez Stripe, société spécialisée dans le paiement par internet. Mais jusqu'en décembre dernier, elle travaillait depuis un an chez Uber, le service de mise en contact entre clients et chauffeur de voiture de transport. Beaucoup de ses proches lui demandaient les raisons de son départ de cette boîte mondialement connue, sans qu'ils obtiennent de réponses concrètes.

Aujourd'hui, sur son blog Susan Fowler a décidé de raconter son année là-bas pour en dénoncer le sexisme d'entreprise qui y règne. Dès son premier jour au sein de sa nouvelle équipe, elle a reçu des messages de son manager qui lui faisait comprendre qu'il cherchait à avoir des relations sexuelles, éventuellement avec elle, sans pour autant lui dire de manière explicite. Après avoir envoyé des captures d'écran au service des ressources humaines pour dénoncer ce cas de harcèlement, pensant que l'affaire serait vie réglée, on lui a expliqué que rien ne serait fait. Sauf qu'on lui explique qu'il s'agit de la «première fois» que de tels faits sont remontés à propos de ce manager.

«La direction m'a dit qu'il avait “de très bonnes performances” (c'est-à-dire qu'il avait d'excellentes notes de performances de la part de ses supérieurs) et qu'elle n'était pas à l'aise à l'idée de le punir pour quelque chose qui n'était sûrement qu'une erreur innocente de sa part.»

Blocage

On lui a alors demandé de changer d'équipe pour ne plus avoir à fréquenter ce manager, ou alors de rester dans l'équipe mais de s'attendre à avoir de mauvaises notes de performances de sa part. «Un représentant des ressources humaines m'a même explicitement dit qu'il n'y aurait pas de représailles si je recevais une note négative plus tard parce qu'on m'avait “donné une option”.»

Après avoir choisi de changer d'équipe, et être pleinement satisfaite de sa nouvelle affectation, elle a découvert en parlant avec d'autres femmes que le manager en question avait déjà un lourd passif en la matière.

«Alors que j'apprenais à les connaître et à les écouter, j'étais surprise de voir que certaines d'entre elles avaient des histoires similaires à la mienne. Certaines de ces femmes avaient même des histoires où elles avaient dénoncé le même manager que moi, et qu'elles avaient rapporté des interactions inappropriées avec lui bien avant que je ne rejoigne l'entreprise. Il était devenu évident que les RH et la direction nous mentaient et que ce n'était sûrement pas sa dernière.»

Elle explique qu'après des mois de silence, le manager a fini par «partir», sans qu'elle ait pu en connaître les raisons. Mais le problème du sexisme d'entreprise a continué. Alors qu'elle bénéficiait de notes d'évaluations parfaites, elle a découvert que ses transferts sur d'autres projets avaient été refusés. Elle a ainsi découvert que ses notes étaient changées au dernier moment pour bloquer son évolution dans l'entreprise et a entendu un de ses managers expliquer qu'avoir une femme aussi douée dans son équipe lui permettait de le mettre en valeur lui.

Enquête en cours

Enfin, l'ingénieure évoque l'affaire des vestes en cuir. Plus tôt dans l'année, la direction avait promis d'offrir des vestes en cuir à tous les ingénieurs et ingénieures. Mais un jour, les femmes du service ont reçu un e-mail expliquant qu'elles n'auraient pas ces vestes au prétexte qu'il n'y avait pas assez de femmes employées (six selon Susa Fowler, contre 120 hommes environ) pour permettre une commande avec réduction. Quand l'ingénieure a demandé des explications, la réponse de ses supérieurs a été lapidaire: «Le directeur a répondu, expliquant que si nous, les femmes, voulions vraiment l'égalité, alors nous devrions réaliser que nous avions eu l'égalité en n'obtenant pas nos manteaux.» Un argument surréaliste qui recevra le soutien des RH.

À cause de tous ces problèmes, et bien d'autres encore, l'ingénieure a estimé que le pourcentage de femmes dans son équipe a chuté en un an à peine, passant de 25% à moins de 6%. Mais aujourd'hui, grâce à son témoignage, qui a relancé le hashtag déjà existant #DeleteUber, on apprend que ce témoignage pourrait porter ses fruits. Dans un communiqué relayé par CNN, le CEO Travis Kalanick a décidé de demander au service de RH de lancer «une enquête urgente à propos de ces allégations». «Nous voulons faire d'Uber un espace de travail juste et il ne peut y avoir aucune place pour ce genre de comportement chez Uber, et quiconque agissant ainsi ou estimant que c'est OK de le faire sera licencié.»