Monde

L'homme qui fait espérer des milliers de familles mexicaines à la recherche d’un proche disparu

Repéré par Florian Adam, mis à jour le 17.02.2017 à 10 h 34

Repéré sur The Guardian

Chaque jour, des Mexicains traversent illégalement la frontière qui les sépare des États-Unis, un périple qui laisse nombre de familles sans nouvelles de leurs proches. Un anonyme dans un état végétatif depuis 16 ans suscite tous les espoirs.

Wall of Crosses in Nogales | Jonathan McIntosh via Flickr CC License by

Wall of Crosses in Nogales | Jonathan McIntosh via Flickr CC License by

Juin 1999, un accident de voiture a lieu près de la frontière mexicaine dans l’état de Californie aux États-Unis. Un homme est mort, l’autre est dans un état végétatif. Cela fait 16 ans aujourd’hui. Un nom d’emprunt: «Sixty-six Garage». Il a entre 18 et 20 ans à l'époque, des cheveux noirs, des yeux marrons, pas de tatouages ou de cicatrices, sans papiers d’identité, dans l’incapacité de parler et sous assistance respiratoire, «Garage», comme on l’appelle parfois, est une lueur d’espoir pour des milliers de familles mexicaines qui voient en lui un proche disparu, raconte le Guardian

Son histoire fait aussi écho à celle de milliers d’autres Mexicains qui, chaque année, essaient de traverser la frontière. Le journaliste du Guardian, Brooke Jarvis, explique que, très vite des gens, se sont présentés à l’hôpital de San Diego pour raconter leur histoire. Chaque famille a «un fils, un frère, un mari, un cousin, ou un ami qui allaient en direction du Nord et qui a ensuite disparu» sans laisser de trace, le pourquoi variant selon les cas. «La première année, il y a eu des douzaines de familles. Finalement, il y en a eu des milliers», détaille le Guardian. Elles mettent tout en œuvre pour espérer retrouver leurs proches. Internet regorge de messages de recherche, explique Brooke Jarvis. Le groupe Facebook Desaparecidos y sin reclamar en la frontera (disparus et non réclamés à la frontière) est un exemple parmi d'autres, il compte environ 150.000 membres. Pour Chelsea Halstead, de l’association Colibri Center for Human Rights qui travaille à recouper les données des déclarations de personnes disparues (accidents, kidnapping, etc.) et les corps retrouvés, déclare au Guardian: «Ce n'est pas traité comme la catastrophe de masse que c’est, bien que plus de gens sont morts traversant la frontière que dans l’attentat du 11-Septembre et l'ouragan Katrina réunis.»

Un dénouement après 16 ans d'attente

 

En juillet 1999, une femme, Paula Lemus, qui venait voir un membre de sa famille atteint d'un cancer à l'hôpital, a rencontré «Garage» par hasard. Après avoir posé des questions, touchée par sa situation, elle est venue lui rendre visite une à trois fois par semaine pendant 15 ans pour lui parler en espagnol, lui faire rencontrer du monde. Son espoir à elle, est qu’il aille un jour mieux, contrairement au diagnostic du médecin. Elle dit l’aimer, comme une mère ou plutôt comme une sœur, reporte The Guardian. Elle a tout fait pour qu’il retrouve sa famille, répondant à des messages et à des appels de familles désespérées et convaincues qu’elles étaient SA famille, même si, de toutes évidences, les faits ne coïncidaient pas.

Mais, il y a quatre ans, l’histoire racontée par une famille colle parfaitement. «C'est lui, c'est lui!», se disent-ils. Liliana croit avoir retrouvé son frère Gilberto. Sa mère et son frère annoncent déjà la nouvelle à leurs proches. Les démarches sont lancées et un test ADN est demandé. Liliana va le voir à l’hôpital, «C'est moi, Lili, ta sœur. Tu te souviens de moi?», confie-t-elle au journal. A l'hôpital, les signes ne trompent pas: sa peau était plus sombre, il n'avait pas les longs cils de son frères. En attendant les résultats, la famille accepte de donner une interview à la chaîne de télévision Univision qui avait déjà évoqué l'inconnu de San Diego. Les appels d’autres familles désormais habituels affluent, toujours avec les mêmes histoires. Des mois après sa visite, poursuit le Guardian, la réponse parvient à Liliana. Négatif, ce n’est pas son frère. Le corps de ce jeune homme reste sans identité et sans famille.

Finalement, le dénouement va venir des autorités. Avec la médiatisation de l'affaire, la question est évoquée directement auprès de la patrouille aux frontières qui demande à la San Diego sector’s investigative arm de faire de ce cas une priorité. Ses empreintes prises, les premiers résultats ne donnent rien. Mais en les confrontant dans une ancienne base de données, ils trouvent un nom qui correspond. La réponse était là depuis toutes ces années. Le jeune homme avait été arrêté par les gardes-frontières un peu avant son accident. Ses parents, de la région d’Oaxaca au Mexique, sont morts depuis, seule sa sœur est encore vivante. The Guardian précise qu’elle avait abandonné tout espoir, arrêtant de le chercher parmi les messages et photos publiés sur internet. Le test ADN lève tout doute éventuel, juste avant noël. Elle a finalement pu le rejoindre en février. Pour des raisons de confidentialité, son nom a été gardé un secret.

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