Double X

En vingt ans, le coming out hollywoodien s'est transformé

Pauline Thompson, mis à jour le 08.02.2017 à 10 h 25

Longtemps, les stars ont reconnu publiquement leur homosexualité à l'occasion de discours tout en gravité. Puis l'actrice de «Twilight» a fait une apparition dans le «Saturday Night Live» et apporté un vent de fraîcheur à ce rituel encore traditionnellement si difficile.

Nicholas Hunt / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

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«Donald, si tu ne m’aimais pas avant, tu ne vas probablement pas m’aimer maintenant parce que je présente le “SNL” et que je suis tellement gay, mec.» Vous ne vous rendez peut-être pas compte à quel point cette phrase adressée au Président lors du dernier «Saturday Night Live», le 4 février, est importante. 

Si les tabloïds ne cachaient rien de sa vie, elle ne l'avait jamais revendiqué aussi fort. Avec Kristen Stewart, le coming out devient léger. Il ne l’est bien sûr toujours pas pour l'immense majorité des gens mais de voir cette jeune actrice défier Donald Trump, sans se soucier ni des conséquences ni de la réaction du public et sans charge émotionnelle particulière, a un potentiel profondément libérateur. C’est d’autant plus important à un moment où la communauté LGBTIQ fait partie des potentielles victimes de l’administration Trump et de la montée en puissance de l’alt-right aux États-Unis.


Le «coming out» n’a pas vraiment de traduction littérale en français, on dit juste «révéler son homosexualité». L’expression entière est «coming out of the closet», «sortir du placard». Sortir du secret pour s’assumer au grand jour. On met souvent le coming out au singulier alors qu’il est toujours pluriel. On fait son coming out à ses amis, à ses frères et sœurs, à ses parents, parfois à ses grands-parents, à ses collègues. À chaque nouvelle personne qu’on rencontre, on doit le dire.  

Ouvrir une brèche

Pour les célébrités, il faut aussi faire son coming out public. C’est une étape qui n’existe pas dans la vie d’une personne hétérosexuelle, un aveu qui n’a pas lieu d’être. Je dis «aveu» non parce que l’homosexualité serait porteuse d’une faute mais parce qu’il s’agit souvent d’un moment délicat où l’on appréhende la réaction de l’autre. On s’attend au pire –le rejet–, et on espère le mieux –la tolérance– ou même le graal, que ça ne change rien.  On appréhende aussi les ragots qui vont suivre, le fameux «Tu sais pas quoi? Machin est gay» et la réponse qui va souvent avec «en même temps on s’en doutait depuis longtemps». Comment tu pouvais le savoir alors que moi je ne me l’étais pas encore formulé? 

Si on a la chance de vivre dans des milieux ouverts et tolérants, le coming out peut être plus facile mais il n’est jamais anodin. On n’a toujours peur que la perception des autres changent sur nous, que s’installe une gène qui n’existait pas, que des évènements passés qui n’ont pas lieu d’être réinterprétés le soient. Si l’on ne vit pas dans des milieux ouverts, il peut être impossible, comme le raconte la magnifique histoire du film Moonlight, et détruire une vie. Le besoin de visibilité est un facteur important de la possibilité du coming out. À chaque film ou série parlant d’homosexualité, à chaque personnalité s’affichant publiquement, c’est une petite brèche de plus qui s’ouvre.

Vue dans tous les tabloïds

Mais peu le font, alimentant ainsi les rumeurs, «il paraît que machin est gay» comme si l’homosexualité était quelque chose d’inavouable, de défendu. Et la brèche se referme. Les quelques personnalités s’affichant publiquement, passent souvent par une annonce solennelle, profitant d’un discours ou d’une interview. Kristen Stewart, elle, a commencé par refuser de s’en cacher sans pour autant faire d’annonce publique. Puis elle l’a glissé samedi dernier, au détour d’un monologue en se moquant des tweets passés du Président Donald Trump à propos de sa relation avec l’acteur Robert Pattinson. Comme si ça n’avait tellement aucune importance, qu’elle pouvait le glisser au détour d’une vanne, et ça faisait franchement du bien. D’autant que la vanne était drôle.

La vie sentimentale et sexuelle de Kristen Stewart fait depuis des années la une des tabloïds et c'est curieusement l’un des sujets très discutés par Donald Trump sur son Twitter. Car oui, elle avait trompé son fiancé et partenaire dans la saga Twilight Robert Pattinson, ce qui lui avait valu un déversement de haine et notamment de se faire traiter de «chienne» par le Président des États-Unis, dans l’un de ses nombreux tweets bien sexistes dont il a le secret.

À 22 ans, la jeune actrice avait dû faire des excuses publiques car le couple Stewart-Pattinson faisait rêver des millions de jeunes adolescent(e)s, contribuant au passage au succès de la saga de cinq films et lui permettant ainsi d’engranger la coquette somme de 3,3 milliards de dollars. Un écart de conduite était donc impensable.

Il n'y a rien à cacher

Et puis Kristen Stewart s’est éloignée de cette phase Twilight et des amours de vampires adolescents. L’idole des jeunes s’est tournée vers des choix artistiques plus audacieux, dont deux films avec le réalisateur français Olivier Assayas: Sils Maria (pour lequel elle a obtenu le césar du meilleur second rôle féminin) et Personal Shopper, prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Cette émancipation artistique s’est accompagnée d’un changement dans sa vie personnelle puisque Stewart s’est affichée aux bras de plusieurs jeunes femmes sans jamais se définir comme gay ou faire de coming out «officiel». Elle s’était contenté de déclarer au ELLE UK:

«Je crois que je suis très amoureuse de ma copine. […] Lorsque je sortais avec un garçon, je cachais tout ce que je faisais parce que tout était immédiatement ridiculisé. […] Ça a changé lorsque je suis sortie avec une fille. Je me disais que cacher ça impliquerait que j’en ai honte donc j’ai dû modifier mon approche de ma vie publique. Ça m’a permis de m’ouvrir et je suis tellement plus heureuse.»

Une approche queer et décatégorisée de sa sexualité, dans le refus de se définir une identité sexuelle figée. Elle sort avec des filles, ça ne définit pas plus ce qu’elle est que si elle était avec un garçon, elle ne va pas s’en cacher, elle est heureuse, circulez il n’y a rien à voir.

Le poids de la responsabilité

Une approche donc diamétralement opposée à celle de son amie Jodie Foster qui n’a fait son coming out publique qu’en 2013 avec un discours à la fois drôle et solennel lorsqu’elle reçut aux Golden Globes le prix Cecil B. DeMille pour sa carrière:


Ou de celle de l’actrice Ellen Page qui fit un coming out très  politique en 2014 lors d’un discours pour une conférence de Human Rights Campaign durant lequel elle rappelait toutes les violences et discriminations que subissent les homosexuels, pour terminer par «Je suis ici aujourd’hui parce que je suis gay et parce que peut-être que je peux faire une différence, aider les autres à ce que soit plus facile et plus empli d’espoir. Je pense que j’ai une obligation personnelle et une responsabilité sociale.»

Invitée dans l’émission d’Ellen DeGeneres qui est elle-même une des premières actrices à avoir fait un coming out publique, les deux femmes étaient ensuite revenues sur la difficulté de formuler, de dire tout haut qu’on est gay et du sentiment de honte que l’on ressent à ne pas le dire:


Ellen DeGeneres avait également fait un coming out fracassant en 1997 avec une couverture du Time Magazine, intitulée «Yep, I’m gay» suivie de beaucoup d’autres couvertures et bien entendu d’une longue interview chez Oprah Winfrey qui fut un grand soutien de l’actrice face aux critiques, insultes et menaces qu’elle reçut.


Assumer… à quel prix?

Le coming out d’Ellen DeGeneres ne fut d’ailleurs pas sans conséquence pour sa carrière puisque sa très populaire série Ellen –dans laquelle le personnage principal qu’elle incarne fit aussi son coming out– fut annulée un an après. Le show se tournant de plus en plus sur des sujets concernant la communauté LGBTIQ avait été peu à peu abandonné par ABC.

Beaucoup d’acteurs et actrices choisissent de ne pas s’afficher publiquement par peur pour leur carrière du fait de cette curieuse idée des studios hollywoodiens qu’un acteur ou une actrice gay ne pourrait plus être crédible dans des rôles hétérosexuels et/ou ostraciserait une grande partie de l’audience. Le coming out de l’acteur Neil Patrick Harris qui jouait le grand séducteur Barney Stinson dans la série How I Met Your Mother? est d’ailleurs peut-être une des première entorse à cette règle dont avant lui des acteurs comme Rupert Everett avait fait les frais.

Rupert Everett avait ensuite conseillé aux jeunes acteurs gays de garder leur homosexualité privée s’il veulent continuer à incarner des premiers rôles de jeunes hommes qui séduisent des jeunes filles. Il est donc intéressant de voir que le «Saturday Night Live» a choisi de tout de suite mettre en scène Kristen Stewart dans un sketch sur les comédies romantiques, intitulé « Meet Cute», dans lequel elle joue la jeune amoureuse:


Vingt ans après le coming out d’Ellen DeGeneres, Kristen Stewart n’a plus besoin de passer par une longue interview chez Oprah Winfrey, c’est un non-événement, une information banale glissée au détour d’une vanne. Et voir une actrice si populaire dans un show regardé par des millions d’américains assumer son homosexualité de façon si anodine est un grand pas en avant. Une nouvelle brèche grande ouverte. Le coming out de la jeune actrice a d’ailleurs été totalement éclipsé par le vrai «scandale» de l’émission (préparé ou non): le fait qu’elle ait dit «fuck» en direct sur NBC.

 

Pauline Thompson
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