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Le dernier procureur vivant du procès de Nuremberg évoque Trump, Le Pen et le Brexit

Repéré par Xavier Ridel, mis à jour le 08.02.2017 à 10 h 30

Repéré sur The Guardian

Benjamin Ferencz a jugé les Nazis coupables de crimes contre l'humanité en 1945. Dans une interview, il revient sur son expérience et sur le monde actuel.

Benjamin Ferencz lors du procès de Nuremberg. Source: Wikipédia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Prosecutor_Benjamin_Ferencz_at_the_Einsatzgruppen_Trial.jpg

Benjamin Ferencz lors du procès de Nuremberg. Source: Wikipédia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Prosecutor_Benjamin_Ferencz_at_the_Einsatzgruppen_Trial.jpg

Lors du procès de Nuremberg, en 1945-1946, Benjamin Ferencz était le procureur en chef du coté des États-Unis. À 27 ans, l’ancien sergent s’est donc retrouvé face à 22 nazis responsables de la mort de millions de personnes. The Guardian a rencontré cet homme au parcours atypique, et l'a interrogé sur le monde d’aujourd’hui.

Et rien ne semble affecter son humeur. Trump, Poutine, le Brexit ou le sort réservé aux réfugiés n’ont pas raison de son optimisme. Il affirme ainsi au journaliste:

«Je me sens toujours très bien. Vous savez pourquoi? Parce que j’ai conscience des alternatives.»

Diplômé de droit à l’université d’Harvard, Ferencz entre très vite dans l’armée et ressort de la Seconde Guerre mondiale décoré, «pour ne pas avoir été tué dans les plus grandes batailles s’étant déroulées en Europe».

Comme il le confiait dans une interview accordée au Washington Post, il est ensuite chargé de récolter des preuves pour Nuremberg, et se rend donc dans les camps de Buchenwald, Mauthausen ou encore Flossenbürg. Ce qu’il voit là-bas et ce à quoi il assiste, Ferencz peine à le décrire autrement que par ce mot, auquel les humains ont dû s’habituer depuis un moment: «l’horreur».

«Il y avait là-bas 3.000 hommes qui, pendant deux ans, ont assassiné d’autres personnes, y compris des enfants.»

Vingt-deux commanditaires de crimes contre l’humanité sont à Nuremberg. Ils ont été choisis selon leur rang et leur éducation.

«Pourquoi seulement 22? Et bien, il y avait seulement 22 places sur le banc des accusés. C’était ridicule, mais symbolique.»

Certains coupables s’en sortiront avec une lourde peine de prison, parfois à perpétuité. D'autres seront condamnés à mort.

«N'abandonnez pas»

De cette expérience, Benjamin Ferencz en a conclu plusieurs choses. D’abord, que les pays ne sont jamais aussi forts qu’unis. À propos du Brexit, il avance

«À un moment, ils regarderont en arrière et se diront: “Mon Dieu, comment avons-nous pu être aussi arriérés?” […] Nous sommes tous frères et sœurs, la Grande-Bretagne, avec l'empire colonial qu'il a eu, devrait le reconnaître.»

Il critique au passage la volonté de Theresa May de sortir de la Cour européenne des droits de l'homme après 2020. Son slogan: «law not war», le droit, pas la guerre. Ce dont le monde a besoin, ce sont des lois très claires, un tribunal pour juger de leur application et des moyens pour s'assurer qu'elle est respectée. Un dernier critère qui fait défaut pour cet invité régulier de la Cour de justice internationale de La Haye.

Pour faire face au nationalisme de Trump, Farage ou Le Pen, il prône la compassion, le courage et la capacité de faire des compromis. Un positivisme qu’il explique ainsi:

«Des choses fondamentales comme le colonialisme et l’esclavage, les droits des femmes, l’émancipation sexuelle, marcher sur la lune, tout ça était inconcevable il n’y a pas si longtemps. Mais les miracles peuvent arriver.»

Ses trois conseils pour la jeunesse:

«Un, n’abandonnez pas. Deux, n’abandonnez pas. Trois, n’abandonnez pas.»

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