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Le fantôme de William Henry Harrison plane sur l'investiture de Trump

Grégor Brandy, mis à jour le 19.01.2017 à 15 h 58

La légende voudrait qu'un mois après avoir prononcé un discours de près de deux heures sous une pluie battante et un froid glacial, le neuvième président américain soit mort d'une pneumonie.

Donald Trump, le 9 janvier 2017, et le portrait officiel de William Henry Harrison. DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP et James Reid Lambdin — The White House Historical Association. Domaine public.

Donald Trump, le 9 janvier 2017, et le portrait officiel de William Henry Harrison. DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP et James Reid Lambdin — The White House Historical Association. Domaine public.

Le dicton veut qu'un mariage pluvieux soit un mariage heureux. Pas sûr que la totalité des Américains soient d'accord alors que Donald Trump s'apprête à devenir le 45e président de leur pays, sous une pluie qui s'annonce inévitable.

Et forcément, cela a donné quelques idées aux opposants du nouveau président-élu:

William Henry Harrison est mort 30 jours après son investiture, parce qu'il a attrapé une pneumonie lors de son discours d'investiture qui a duré deux heures. Je dis ça, je ne dis rien.

Le discours de Trump à la convention républicaine a duré 70 minutes, donc on croise les doigts!

C'est mal d'espérer que la même chose qui est arrivée lors de l'investiture de William Henry Harrison se reproduise?

Une théorie adoubée par la pop-culture

Si vous avez regardé la série Parks and Recreation, vous avez probablement entendu cette histoire. Lors de la septième saison de la série, un citoyen de la petite ville fictive de Pawnee, dans l'Indiana, vient voir Leslie Knope, le personnage principal incarné par Amy Pohler, en indiquant avoir des informations sur une propriété appartenant William Henry Harrison. Leslie, en tant que fière Indianienne, regarde alors le spectateur, face caméra, et raconte l'histoire du neuvième président américain:

«On fait de William Henry Harrison un héros parce qu'il est le premier gouverneur du territoire de l'Indiana, et ensuite le président des États-Unis. On a aussi un peu honte de lui, parce qu'il n'a pas porté de manteau lors de son investiture, a attrapé un mauvais rhume et est mort 32 jours plus tard. C'est une note de bas de page embarrassante. Mais c'est notre note de bas de page embarrassante.»

Oui, William Henry Harrison est bien mort 32 jours après son investiture –une mort qui a d'ailleurs lancé un débat sur le rôle que devait prendre le vice-président. Oui, William Henry Harrison a bien refusé de porter un manteau lors de son investiture, mais aussi un chapeau et des gants, alors qu'il prononce un discours de près de deux heures.

Pas qu'une pneumonie

Mais le neuvième président américain, alors âgé de 68 ans, n'est pas mort à cause d'un vilain rhume, ou d'une pneumonie. La légende est tenace et brillante, mais le diagnostic initial de son médecin, Thomas Miller –«une pneumonie du lobe inférieur du poumon droit, compliquée par la congestion du foie»– longtemps acceptée par les historiens n'était sans doute pas le bon, expliquent deux chercheurs qui se sont penchés sur la question dans le New York Times.


 

Le docteur Philip Mackowiak de l'école de médecine de l'université du Maryland fait partie de l'équipe qui a mené une enquête moderne sur les causes de la mort de William Henry Harrison. Interrogé par le podcast Presidential, il réfute la théorie principale de la pneumonie causée par son discours, puisqu'elle se serait déclarée beaucoup trop tard. Harrison serait tombé malade trois semaines après son fameux discours, et le temps –longtemps considéré comme très pluvieux avec des températures glaciales– n'était pas si terrible que la légende le voudrait.

«Ça a commencé avec des symptômes qui n'étaient pas très spécifiques. Il se sentait fatigué, nerveux, et pensait que c'était dû à sa campagne, et à la pression des premiers jours en tant que président. Et puis, il a eu des problèmes gastriques, des douleurs à l'abdomen, et une constipation très sévère. Ses symptômes pulmonaires sont arrivés plus tard, et n'étaient pas aussi avancées que ses plaintes à propos de son abdomen. C'est la raison principale pour laquelle je pense que sa maladie principale était gastro-intestinale, plutôt que pulmonaire.»

Mais alors, comment William Henry Harrison est-il tombé malade? Pour les enquêteurs modernes, le coupable se trouve à quelques «blocks» de la Maison-Blanche: un marécage fétide, poursuivent-ils dans le New York Times. À cette époque, il n'existait pas encore de réseau d'égoûts, à Washington.

«Jusqu'en 1850, les eaux usées circulaient tout simplement sur des terrains publics à une courte distance de la Maison-Blanche, où elles stagnaient et formaient un marécage; l'approvisionnement en eau de la Maison-Blanche était juste sept “blocks” en aval d'un dépôt de fumier.»

Deux autres présidents potentiellement victimes

La suite est assez facile à imaginer. L'approvisionnement en eau de la Maison-Blanche a été «contaminée par des matières fécales qui se trouvaient dans ce dépôt de fumier», raconte Philip Mackowiak. Dans son article publié dans le New York Times, il expliquait avec son collègue que «ce champ d'excréments humains aurait été un terrain de reproduction pour deux bactéries mortelles, Salmonella typhi et S. paratyphi, les causes des fièvres typhoïde et paratyphoïde –également connues sous le nom de fièvre entérique, pour leur effet dévastateur sur le système gastro-intestinal».

Pour ne rien arranger, les médecins n'ont pas fait les bons choix, et ont exacerbé tous ses problèmes en tentant de les résoudre, en lui donnant par exemple de l'opium, explique la journaliste du Washington Post.

Finalement, le 4 avril 1841, 32 jours après son investiture, William Henry Harrison meurt de sa maladie et de ses traitements, sans que son médecin ne comprenne vraiment ce qui s'était passé. Dans son dossier médical, il indique que la raison officielle de sa mort est une pneumonie, «car c'était le seul élément qu'il reconnaissait» faisant, sans le savoir, naître la légende qui poursuit encore aujourd'hui le neuvième président américain.

Cette contamination de réseau d'eau de la Maison-Blanche semble, par ailleurs, avoir également coûté la vie à deux autres présidents: James K. Polk, et Zachary Taylor.

Mais même si la légende sur William Henry Harrison ne résiste pas à l'examen des faits, Donald Trump avait néanmoins pris les devants. Même si la pluie semble ne pas vouloir lui laisser de répit, le futur président ne devrait prononcer qu'un discours d'une vingtaine de minutes, devant le Lincoln memorial.

Grégor Brandy
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Journaliste