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Les «enfants de la Wehrmacht», ou comment les nazis transgressaient leurs propres lois raciales

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 16.01.2017 à 12 h 29

Repéré sur Der Spiegel, Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, bpb

L'histoire de ces enfants illégitimes, nés sous l'Occupation, sort enfin de l'oubli

Des soldats de la Wehrmacht en 1945 I HO / GEDENKSTAETTE SEELOWER HOEHEN / AFP

Des soldats de la Wehrmacht en 1945 I HO / GEDENKSTAETTE SEELOWER HOEHEN / AFP

Les «enfants de la Wehrmacht», comme on surnomme les enfants de soldats des troupes hitlériennes qui sont nés dans les territoires occupés par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, ont longtemps été des oubliés de l'Histoire. Ce n'est que depuis une dizaine d'années que leurs destins font l'objet d'une attention grandissante chez les historiens, fait remarquer un article traitant de la question mis en ligne sur le site de l'Agence allemande d'éducation civique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, plus de 18 millions de soldats de la Wehrmacht et de civils allemands étaient déployés dans les territoires conquis par Hitler. Selon les estimations actuelles, ils auraient laissé derrière eux 100.000 enfants en France, 20.000 en Belgique et près de 15.000 aux Pays-Bas et au Danemark.

Les enfants de la Wehrmacht nés en Europe de l'Est seraient eux encore plus nombreux, car c'est dans ces territoires que stationnaient la majorité des soldats et des occupants civils. Le peu de documents disponibles rend l'estimation de leur nombre difficile. L'historienne Maren Röger, qui vient de publier un article sur les enfants de l'occupation en Pologne dans le dernier numéro de la revue de l'Institut d'histoire de Munich, estime leur nombre à 15.000, comme le rapporte l'hebdomadaire Der Spiegel.

La question du consentement

Selon ses recherches, les «contacts consentis» entre les soldats nazis et les Polonaises étaient alors très répandus. Même si comme dans les autres territoires occupés, les viols étaient fréquents. «Tous les enfants de la Wehrmacht ou de l'Occupation n'ont pas été conçus dans le cadre de rapports sexuels consentis ou même d'une relation amoureuse», précise l'Agence allemande d'éducation civique:

«La frontière entre les relations sexuelles de gré ou de force entre les occupants et les femmes autochtones était fluide dans tous les États impliqués dans la guerre. À côté des entrevues sexuelles fugaces et des vraies relations amoureuses, il existait également des stratégies de survie comme l'échange de relations sexuelles contre des produits ou de l'argent.»

Les soldats de la Wehrmacht, les SS et les policiers qui occupaient la Pologne n'avaient pourtant pas le droit d'avoir des relations sexuelles avec les Polonaises, car celles-ci étaient considérées comme «inférieures sur un plan racial». Alors qu'en Norvège, par exemple, les relations avec les femmes du pays étaient bien vues car celles-ci étaient considérées comme «aryennes» par les nazis. «Les relations et les grossesses étaient donc vues avec bienveillance, ce qui n'était pas le cas dans de nombreux autres territoires occupés», indique l'Agence allemande d'éducation civique.

Un sentiment de rejet

Mais en réalité, les nazis appliquaient leurs théories raciales avec un profond cynisme. Dans le cas de la Pologne, ils encourageaient au contraire les soldats stationnés sur place à se rapprocher des Polonaises, dans le but d'encourager la natalité et accroître ainsi la part de la population aryenne dans les territoires occupés.

Par peur des représailles de leurs concitoyens, la plupart des mères polonaises d'enfants de la Wehrmacht ont tenu secrète ou menti sur l'identité de leurs pères. Plusieurs enfants de la Wehrmacht interrogés par l'historienne Maren Röger lui ont d'ailleurs indiqué qu'ils s'étaient plus sentis rejetés par les membres de leur famille que par la société polonaise une fois que le secret autour de leurs origines avait été levé.