Rose fanée | William Neuheisel via Flickr CC License by

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Le renoncement de Hollande n'est que le premier acte du déchirement de la gauche à venir

France |   Par Eric Dupin

mis à jour le 02.12.2016 à 11 h 09

L'effacement du président sortant précipitera l'épreuve de vérité pour une gauche divisée comme jamais. La probable candidature de Manuel Valls durcira les clivages lors de la primaire socialiste avant de créer les conditions d'un affrontement total avec Jean-Luc Mélenchon.

Il faut parfois prendre au sérieux les raisons invoquées par les acteurs politiques pour justifier leurs actes. François Hollande, qui avait maintes fois répété qu'il ne se représenterait pas si la courbe du chômage ne s'était pas inversée, ne s'est pas abrité derrière les insuccès –ou les résultats trop tardifs– de sa politique pour expliquer son renoncement.

Au contraire, le président de la République en fin de quinquennat s'est félicité que «les résultats arrivent» et il a longuement défendu son bilan. C'est sur le terrain proprement politique que Hollande a reconnu sa faillite. «Aujourd'hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche qui ne rassemblerait pas autour de moi», a-t-il souligné au moment précis d'expliquer sa non-candidature.

Décès du champion de la synthèse

Autrement dit, l'ancien premier secrétaire expert en «synthèses», plus ou moins bancales mais ayant le mérite de préserver l'unité du Parti socialiste, et l'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2012 au nom d'un «rassemblement» mille fois invoqué, non sans succès, admet, cette fois-ci, que tout son art politique ne lui permettait plus de conjurer les multiples divisions qui déchirent les gauches. Et que cette impuissance l'aurait mené tout droit à l'échec en 2017.

La question désormais posée est alors de savoir si l'effacement de Hollande permettra le «sursaut collectif» qu'il appelle de ses vœux afin d'en finir avec le poison des rivalités et des affrontements internes à ce continent désarticulé qu'on appelait autrefois «la gauche».

Un examen lucide de l'état des forces en présence, et de la réalité des luttes idéologiques qui se cachent derrière les querelles de personnes, conduit à une réponse assez peu encourageante. La situation déplorable lucidement analysée par Hollande ne disparaîtra pas comme par enchantement avec sa mise en retrait.

L'ambition présidentielle désormais libre de Valls risque aussi et surtout de durcir les clivages idéologiques au sein de la gauche

Une fois la sidération de la décision présidentielle digérée, et passés les hommages plus ou moins sincère à la dignité dont a fait preuve Hollande jeudi soir, l'aveu d'échec de sa non-candidature plongera plus encore son camp dans le désarroi. On expliquait, ces dernières semaines, à l'Élysée que le président sortant restait à tout prendre le mieux placé pour «rassembler» une gauche soumise à de puissantes forces centrifuges. Défendre aujourd'hui la thèse inverse ne sera pas aisé.

Du côté de François Fillon comme de Jean-Luc Mélenchon, on aura également beau jeu de souligner que le défaut du président sortant signe l'échec de toute une politique et que le Premier ministre qui l'a mise en œuvre devra forcément en subir les conséquences.

Candidature Valls très clivante

La très probable candidature de substitution de Manuel Valls, qui avait lourdement poussé le chef de l'État à abandonner le combat pour 2017, s'annonce ainsi sous des auspices peu favorables. Le Premier ministre, sans doute bientôt démissionnaire, part à la bataille avec un crédit de départ très faible. Deux enquêtes récentes (Elabe et Kantar-Sofres) lui accordaient moins de 10% des intentions de vote, avec seulement deux points de plus qu'une candidature Hollande.

L'ambition présidentielle désormais libre de Valls risque aussi et surtout de durcir les clivages idéologiques au sein de la gauche. L'actuel chef du gouvernement partageait les orientations économiques du chef de l'État mais s'en distinguait en assumant l'existence de deux gauches «irréconciliables» et en défendant clairement une ligne républicaine à la fois identitaire et sécuritaire.

La primaire socialiste de janvier prochain se présente ainsi comme une compétition fortement chargée de dissensus politique entre ses candidats, au premier rang desquels Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Les vélléités de recentrage à gauche de l'ancien maire d'Evry (Essonne), perceptibles dans la dernière période, trouveront leurs limites dans sa préoccupation de ne pas laisser trop d'espace à Emmanuel Macron.

Si Valls devait triompher de la primaire organisée par les socialistes, son affrontement avec Mélenchon promet d'être total. Le candidat de la «France insoumise» aurait enfin une occasion rêvée de prendre l'avantage sur une gauche gouvernante et finissante subitement incarnée par l'ancien champion de l'aile droite du PS.

Décomposition tripartite

L'effacement de Hollande crée ainsi les conditions pour que la décomposition de la gauche française se manifeste dans toute sa crudité. Trois candidats apparaissent aujourd'hui en position d'incarner trois orientations assez clairement antagonistes.

L'épreuve de vérité pour une gauche que l'ère Hollande a infiniment plus secoué que les périodes Mitterrand ou Jospin ne pourra être évitée

Macron porterait le flambeau d'un vague progressisme d'inspiration libérale. Valls défendrait une ligne social-démocrate à la fois protectrice et sécuritaire. Et Mélenchon galvaniserait tous ceux qui aspirent à une nouvelle radicalité de gauche.

On découvrira sans doute dans la prochaine période, pour ceux qui en doutaient, que le problème de la gauche est loin de se résumer au cas Hollande et à ses coupables confidences. La répugnance du président sortant à trancher les débats idéologiques a certes contribué à ce que prospèrent toute une série d'équivoques politiques, avantageuses sur le moment mais pernicieuses à long terme.

L'épreuve de vérité pour une gauche que l'ère Hollande a infiniment plus secoué que les périodes Mitterrand ou Jospin ne pourra, cette fois, sans doute pas être évitée. Elle s'annonce à haut risques pour un camp que l'affirmation d'une droite conservatrice et libérale assumée place sur la défensive. Les conditions d'un rassemblement majoritaire de la gauche semblent moins que jamais réunies.

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