François Hollande lors de son intervention télévisée le 1er décembre. OLIVIER MORIN / AFP

François Hollande lors de son intervention télévisée le 1er décembre. OLIVIER MORIN / AFP

François a tué Hollande

France |   Par Jean-Marie Colombani

mis à jour le 02.12.2016 à 0 h 20

Mais le Président de la République aurait dû se représenter.

Pour justifier sa décision de ne pas être candidat, situation inédite et au sens propre bouleversante, François Hollande a invoqué sa «lucidité». Il est vrai qu’il est un personnage double: capable à la fois d’agir et de se regarder agir. C’est ainsi qu’en se confiant à deux journalistes du Monde tout au long de son quinquennat, François a commenté Hollande. Et l’Histoire retiendra sans doute que, ce faisant, François a tué Hollande.

Coup de force de Manuel Valls

Mais il n’est pas le seul: nous sommes en effet bel et bien en présence d’un coup de force. Celui qu’a organisé le premier ministre Manuel Valls pour dissuader le chef de l’Etat de se représenter. Coup de force dévoilé dans un avion qui le conduisait en Afrique au lendemain de la publication de ce fameux livre, voyage au cours duquel Manuel Valls avait déclaré «avoir honte». François Hollande avait choisi de ne pas laver l’affront, de traiter la crise a minima. Mal lui en a pris. Car, de ce jour là, la pression ne s’est plus jamais relâchée.

Sans doute François Hollande dans sa décision a-t-il voulu écarter une crise institutionnelle majeure car la démarche de Manuel Valls conduisait inévitablement à un affrontement avec le président, à l’occasion sans doute des primaires. Funestes primaires car celles-ci se sont révélées être un piège absolu. Une garantie de désacralisation, de banalisation supplémentaires pour le chef de l’Etat qui avait, au contraire, besoin de réaffirmer, comme on dit, sa «présidentialité». Il eut fallu en temps et en heure convaincre le PS d’une volonté, dès lors qu’il y a un président sortant, de considérer ce dernier comme le candidat naturel. C’est d’ailleurs ce que, fort sagement, ont prévu les statuts du parti Les Républicains… François Hollande a donc commis l’erreur de se rallier à ce que le patron du PS pensait être peut-être une manœuvre subtile…

D’ordinaire, sous la 5ème République, le premier ministre est censé protéger le président, prendre les coups, faire écran. Cette fonction de fusible avait toujours jusque là été vérifiée. Cette fois, nous sommes en présence d’un président qui, d’une certaine façon, a protégé son premier ministre et en a été remercié par une pression telle qu’il a dû lui-même jeter l’éponge.

La force des sondages

L’Histoire retiendra également que, pour la première fois, des sondages l’ont emporté sur le vote des Français. Dans la lucidité qu’il a invoquée, François Hollande a certainement intégré sa très grande faiblesse dans les sondages d’opinion. En renonçant à se présenter, il est le premier en effet à s’incliner devant des sondages alors même que les Français n’ont pas été consultés. Et alors même que l’expérience de François Fillon et sa victoire fulgurante étaient là pour attester de la fragilité des études d’opinion et de la rapidité avec laquelle l’opinion peut évoluer. En terme démocratique, c’est une nouvelle donne choquante.

Il eut été plus digne et plus courageux de la part du chef de l’Etat de se confronter lui-même au jugement des Français

Il eut été sans doute plus digne et plus courageux de la part du chef de l’Etat de se confronter lui-même au jugement des Français. C’est lui, et non Manuel Valls, que les Français avaient élu. Il eut été légitime et normal qu’il rende compte de son bilan et qu’il cherche avec eux à tracer les voies de l’avenir. Et ce, même si, comme l’a déclaré François Fillon: «Jamais le pays n’a été autant à droite». Car ce qui plombe la gauche, ce n’est pas François Hollande ni son bilan, qui sera bien évidemment reconsidéré par les Français eux-mêmes à mesure que s’appliquera le programme de celui qui fait déjà figure de quasi président, à savoir François Fillon. C’est plus sûrement l’état de la gauche qui est prise d’une aspiration suicidaire: l’extrême gauche avait lancé les hostilités dès le lendemain de l’élection de François Hollande, rejointe rapidement par les «Frondeurs» qui ont, tout au long du quinquennat, miné l’action de l’exécutif avant que n’explosent les mille et une ambitions de tel ou tel qui, fort d’un minimum de notoriété, se présente à des primaires avec comme mot d’ordre commun d’affaiblir le président sortant.

La perte de l'équilibre de la gauche

Malgré le retrait de François Hollande, cette situation n’a guère de chance d’être corrigée avant l’échéance de mai prochain. Et l’on peut même prétendre que François Hollande eut été le meilleur point d’équilibre possible d’une gauche cherchant à se préserver car, dans le rapport des forces du pays, elle n’a plus guère de chance de s’imposer.

Au passage, le rapide bilan qu’a présenté François Hollande de son action était plus que présentable. Il eut été utile qu’il soit défendu. Parions que tous les candidats aux primaires de la gauche rivaliseront pour s’en dissocier, au nom sans doute d’un droit d’inventaire…En attendant, c’est à bon droit que François Fillon évoque un aveu d’échec.

Dommage, vraiment dommage pour un président qui méritait et méritera d’être réhabilité.

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