Tom Price à la Trump Tower de New York le 16 novembre 2016. DREW ANGERER/AFP.

Tom Price à la Trump Tower de New York le 16 novembre 2016. DREW ANGERER/AFP.

Plusieurs millions d'électeurs de Trump ont voté pour ne plus avoir d'assurance maladie

Science & santéMonde |   Repéré par Claire Levenson

mis à jour le 30.11.2016 à 12 h 20

Tom Price, nommé par Trump pour être ministre de la santé, est opposé aux dépenses publiques qui garantissent une couverture maladie abordable aux pauvres et aux seniors.

Pendant sa campagne, Donald Trump a dit qu'il remplacerait la réforme santé mise en place par Barack Obama (Obamacare) par quelquechose de «super» et qu'il ne laisserait personne «mourir dans les rues». Il a aussi garanti à ses supporters, dont beaucoup d'Américains de plus de 65 ans (ils ont voté Trump à 53%), qu'il ne toucherait pas à leur Medicare, soit l'assurance maladie pour seniors garantie par le gouvernement.

Mais avec la nomination le 29 novembre de Tom Price comme ministre de la Santé, il semblerait que le président-élu soit prêt à rompre ses promesses. Price, un représentant de la Géorgie au Congrès, a un projet de remplacement d'Obamacare qui serait désavantageux pour les plus pauvres (qui devraient payer plus pour leur assurance), et il a aussi pour projet de privatiser l'assurance maladie pour les plus de 65 ans. 

La réforme de santé d'Obama avait, entre autres, étendu l'assurance maladie publique pour pauvres –Medicaid– aux foyers à revenus modestes, ce qui avait permis à des millions de personnes d'être assurées. Price voudrait revenir sur cette extension. Plus largement, la réforme d'Obama a aussi permis de verser à un foyer des subventions, plus ou moins élevées en fonction des revenus, pour aider à payer l'assurance. Le projet de Price réduiraient fortement ces aides publiques.

 «Obamacare va probablement disparaître. Et de nombreux électeurs de Trump pauvres et blancs vont en souffrir», résume Greg Sargent dans le Washington Post. 

Un tournant néo-libéral?

Peu après l'annonce de sa nomination, l'économiste Paul Krugman a commencé à calculer le nombre d'Américains qui bénéficient actuellement d'Obamacare, mais qui ont voté pour Trump. Il est arrivé au chiffre de cinq millions et demi (sur les vingt millions qui utilisent cette assurance maladie).

Dans un tweet, il résume ainsi le paradoxe de ces électeurs qui ont probablement voté contre leurs propres intérêts:

«Ça fait 5,6 millions de blancs de la classe ouvrière qui se sont eux-mêmes pourri la vie.»

De même, le journaliste Kurt Eichenwald de Newsweek a noté que de nombreux résidents du Kentucky, un Etat qui a voté pour Trump à 62%, n'avaient pas compris que leur programme local d'assurance maladie, Kynect, était rendu possible par les subventions mises en place par Obamacare. 

«J'ai lu plusieurs articles sur des gens dans le Kentucky qui se rendent compte que le programme Kynect, qu'ils apprécient, est en effet la même chose qu'Obamacare, qu'ils détestent. Et ils ont peur de le perdre.»

Il reste malgré tout possible que Tom Price ne puisse pas mener à bien ses propositions car le processus législatif est extrêmement complexe et pourrait traîner en longueur. Mais la décision de Trump de nommer Price signale que contrairement à ses promesses de campagne d'être moins néo-libéral que les autres républicains, il choisit une ligne très critique de l'intervention étatique.

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