MondeEconomie

Les entreprises de Trump tentent déjà de profiter de l'élection de Trump

Claire Levenson, mis à jour le 16.11.2016 à 17 h 19

Ivanka Trump, la fille du futur président, a utilisé une interview télévisée pour faire de la pub pour sa ligne de bracelets.

Des manifestants anti-Trump devant le Trump International Hotel, le 12 novembre 2016 à Las Vegas | ETHAN MILLER/AFP

Des manifestants anti-Trump devant le Trump International Hotel, le 12 novembre 2016 à Las Vegas | ETHAN MILLER/AFP

Après la victoire de Donald Trump, des milions d'Américains s'inquiètent de l'augmentation des actes racistes, des expulsions massives de sans-papiers, de l'avenir de leur assurance maladie et de leur droit à l'avortement. Mais en plein chaos, la fille aînée de Trump, Ivanka, reste pour l'instant concentrée sur l'essentiel: son business de vêtements et de bijoux. En effet, le 13 novembre, elle a profité de sa première apparition télévisée aux côtés de son père, le futur président des États-Unis, pour faire de la pub pour un bracelet de sa ligne, une création en or et diamant qui coûte 10.800 dollars. 

Une «style alert» (alerte mode) a été envoyée à plusieurs journalistes le lendemain de l'interview. On y apprend que ce bracelet est «le préféré» d'Ivanka et qu'une version sans diamant est disponible pour la modique somme de 8.800 dollars (8.200 euros). Après des critiques, Abigail Klem, la présidente de la marque Ivanka Trump a expliqué que l'e-mail avait été envoyé par «un responsable marketing bien intentionné qui suivait le protocole habituel». Elle a précisé que leur équipe était en train de s'adapter au contexte post-élection.

Un procédé marketing

L'équipe d'Ivanka Trump était probablement habituée à ce genre de procédés marketing. En effet, après son discours à la Convention républicaine en juillet dernier, la fille aînée de Trump avait informé l'Amérique via Twitter que la robe beige qu'elle portait alors –de la ligne Ivanka Trump– était disponible en ligne pour 138 dollars (129 euros). Cette pub avait été d'une efficacité redoutable: en 24 heures, tous les modèles avaient été achetés.

Son père n'a cessé de faire de même pendant sa campagne: pendant ses conférences de presse, il lui est arrivé de faire la promotion des steaks Trump, du vin Trump, d'un terrain de golf en Ecosse et de son nouvel hôtel à Washington.

Jusqu'à peu, le site officiel de la transition vers la présidence Trump, greatagain.gov, détaillait la liste des propriétés du milliardaire, petit coup de pub que les autres présidents évitent d'habitude (Obama ne mentionnait pas ses livres dans des sites officiels): 

«L'organisation Trump possède parmi les plus belles propriétés du monde, y compris la mondialement célèbre Trump Tower sur la cinquième avenue, Trump Parc, Trump Palace,Trump Plaza, la Trump World Tower, Trump Park Avenue et la transformation de l'ancien immeuble de la poste à Washington».

Le site Bloomberg a rapidement noté que cette liste contenait des erreurs, car plusieurs immeubles mentionnés avaient depuis été vendus à d'autres propriétaires. Depuis, ces informations ont été effacées du site.

D'habitude, les présidents évitent les potentiels conflits d'intérêt en faisant gérer leurs biens et investissments par un «blind trust», un manager qui investit l'argent sans informer le président des détails. Mais Trump fait les choses autrement. Il a expliqué que trois de ses enfants –Ivanka, Eric et Donald Jr.–  seraient désormais responsables de la Trump Organization. Or ces trois mêmes enfants font partie de l'équipe de transition de Trump et seront des proches conseillers du présidents, même si c'est de manière informelle. 

«Il y aura une coordination parfaite et intime entre les décisions politiques de Trump et les business de Trump» écrit Matthew Yglesias dans Vox.

Les Trump peuvent bénéficier de la présidence

Aucune transparence n'est en effet garantie dans ce domaine, et s'ils le veulent, les Trump pourront utiliser la présidence pour s'enrichir. Vox.com explique qu'ils pourraient créer des holdings aux noms obscurs (dont personne ne saura de quoi il s'agit) qui investiraient par exemple dans des entreprises de construction. Ensuite, ils pourraient faire en sorte que l'administration Trump donne des contrats majeurs à ces entreprises, et donc bénéficier de ces investissements.

Le New York Times rappelle un autre conflit d'intérêts potentiel. En tant que président, Trump contrôlera le National Labor Relations Board, qui tranche les batailles entre patrons et syndicats. Juste avant que Trump ne soit élu, cette agence avait décrété qu'un hôtel Trump à Las Vegas était violait le droit du travail car les employés ne pouvaient pas se syndiquer. L'agence pourra-t-elle maintenir son indépendance, alors que le président peut nommer les membres qui prennent ce genre de décision?

Autre question: le président nomme le directeur de l'IRS, l'agence qui se charge de collecter l'impôt, or celle-ci est en train de faire un audit des entreprises Trump. Même si, selon le Wall Street Journal, il est illégal pour un président de demander à l'IRS d'influencer un audit, on se demande comment ça ne peut pas entrer en compte dans la nomination.

Le 13 novembre, l'ex-maire de New York Rudolph Giuliani, proche conseiller de Trump qui pourrait devenir Secrétaire d'État, a expliqué qu'il fallait «avoir confiance en l'intégrité du président» et que les enfants Trump devaient gérer les entreprises Trump car sinon, ils n'auraient plus de travail, avant de conclure:

«Si [Trump] voulait s'enrichir, il n'aurait pas fait campagne pour la présidence.»

Claire Levenson
Claire Levenson (128 articles)
Journaliste