Slatissime

A quoi bon parler aux marques et aux stars sur Facebook et Twitter?

Hugo Lindenberg et Stylist, mis à jour le 03.09.2016 à 8 h 19

Il reste des gens qui s'adressent à des personnalités ou de grandes entreprises sur les réseaux sociaux. Même quand ils sont conscients que ceux-ci ne répondront jamais.

Promote, Speaker, Megaphone, Hold | Joe The Goat Farmer via Flickr CC License by

Promote, Speaker, Megaphone, Hold | Joe The Goat Farmer via Flickr CC License by

Le 25 février à 16h05, dans une tentative désespérée d’enrayer la colère qui gronde contre la loi El Khomri, le gouvernement lance un compte @loitravail dont le premier tweet joue la personnalisation: «Bonjour Twitter, je suis le projet de #LoiTravail. On parle beaucoup de moi mais on me connaît mal. Et si on faisait connaissance ?»

Sidérés par tant d’innocence, les internautes moquent par centaines la nouvelle venue à coup de «coucou, moi c’est la déchéance de nationalité, comment tu vas ?» et autres sarcasmes. Illustrant les limites de la communication institutionnelle sur les réseaux sociaux.

Certes sur Twitter, Facebook ou Instagram, on peut écrire à Beyoncé ou à sa marque de yaourt sans passer par leurs attachés de presse. Mais, à quoi bon? Vos petites réclamations –«Bonjour @pizzaboum, il y a un poil dans ma quatre saisons»– et vos colères saines –«Pardon @marquedeluxe, mais votre dernière campagne est méga-raciste»–, n’émouvront probablement qu’un community manager en burn-out. Quant à vos déclarations d’amour transies à Zayn Malik «lov ur new tatoo, lol», elles finiront noyées dans le flot de mentions qui inondent son compte officiel.

Mais que ceux qui croient pouvoir toucher leur cible avec un @ se rassurent: l’acteur américain Jake T. Austin, ex-star Disney, a officialisé le mois dernier sa relation avec une certaine Danielle qui le harcelait de messages sur les réseaux depuis cinq ans. Un espoir pour tous les weirdos –dont nous faisons partie– qui essayent en vain d’attirer l’attention. 

1.Le fan «Ok Podium»

Ado, il confie les déboires de sa vie de collégien à Mylène Farmer, scotchée au-dessus de son lit, et déclame son amour à Leo dans son journal intime. Puis l’imagination ayant laissé place à la puberté, ce jeune idéaliste commence une fiévreuse relation épistolaire avec différents membres de boys bands via leur fan-club. De longues lettres où il se met «à nu», critique ses parents et la société et imagine une vie meilleure sur les routes en tournée avec ses nouveaux amis. En retour, il reçoit des lettres types où son nom est mal orthographié, mais dans lesquelles il parvient toujours à trouver une tournure de phrase qu’il interprète comme l’appel à l’aide d’un artiste censuré par ses producteurs. L’arrivée des réseaux sociaux lui donne une nouvelle raison d’espérer: enfin libéré des intermédiaires, il va pouvoir s’adresser à ses idoles qui sauront reconnaître en lui le complice qui les comprend et qui leur manque. C’est ainsi qu’il commence chaque journée en saluant Sarah Michelle Gellar sur Twitter, n’hésite pas à féliciter ses artistes préférés pour leur travail et souhaite tous les 1er mars son anniversaire à Justin Bieber. Conscient du risque de passer inaperçu, il s’est récemment abonné au compte Instagram du chien de Justin Theroux, qu’il voit comme un canal de communication privilégié avec son maître.

2.Le relou du service client

«Bonjour, votre magasin est très agréable et très frais, mais pourquoi ce mauvais choix de musique ?» Depuis qu’il s’est plaint de l’épaisseur de la moquette dans une enseigne de sport renommée, sur la page Facebook du groupe –et qu’il a reçu une réponse–, cette grande diva du quotidien a trouvé avec qui partager son sens maniaque du détail. Alors que plus personne dans son entourage ne prête attention à ses «observations» sur l’excellente signature olfactive de telle boutique, ou la pauvreté scélérate de l’accueil sonore dans tel restaurant, les marques font preuve d’une grande qualité d’écoute à son égard. Ravi, il pense passer un délicieux moment de connivence avec l’inventeur du St Môret à regretter le temps où il existait un goût chèvre, sans se douter qu’un community manager free-lance tente fébrilement de maintenir l’e-réputation d’une douzaine de marques et d’une centaine de relous tout en terminant une partie de Mario Kart. 

3.L'experte en vanité

«À nous deux, Paris», écrivait cette étudiante à Sciences Po, lors de son arrivée à la capitale, en légende d’un selfie Instagram la montrant au sommet de la butte Montmartre. Depuis, c’est avec les réseaux sociaux que cette ambitieuse livre un grand combat pour la notoriété. Mais ses analyses cinglantes sur l’absence de stratégie du gouvernement ou l’impossible recomposition de la droite peinent à se frayer un chemin jusqu’aux oreilles des puissants. Elle a donc adopté la stratégie de l’interpellation dans l’espoir de participer au débat et n’hésite plus à féliciter @edwyplenel pour une tribune courageuse à laquelle elle ajoute quelques précisions. Ni à vilipender un député pour son absentéisme à l’Assemblée. Persuadée que ses 295 followers attendent ses fulgurances pour se forger une opinion, elle manie l’ambiguïté avec un certain doigté afin d’assimiler son nom à celui de gens plus influents qu’elle. Comme lorsqu’elle remercie publiquement @michelonfray pour «cette soirée délicieuse», en sortant d’une dédicace à la Fnac Montparnasse où elle ne lui a pas parlé.

4.La kawaï vendue

Il y en a pour qui les grandes enseignes sont le bras armé du capitalisme et d’autres pour qui elles sont un monde aussi merveilleux que le monde merveilleux de Walt Disney. Elle fait partie de la deuxième catégorie, à en juger par son tote bag à l’effigie de Groquik et son T-shirt Malabar. Enfant des années Séguéla, lui qui a calqué le slogan de la campagne présidentielle de 1988 «Génération Mitterrand» sur celle de Pepsi Cola, elle a fait son éducation devant l'émision «Culture Pub» sur M6 avant de s’encanailler à la nuit des Publivores avec ses copines. Entre deux soirées karaoké «génériques de dessins animés», elle tweete ses jeux de mots à ses chouchous les ptits fruits d’Oasis «Citron bien la vie !» ou félicite la nouvelle Cerise de Groupama comme s’il s’agissait de la dernière miss France. Mais, derrière cette bonhomie numérique, se cachent de froids calculs commerciaux visant à obtenir bons de réduction et offres spéciales en avant-première. Comme lorsqu’elle fait du rentre-dedans à Bob, l’ours bleu de Butagaz –«merci de m’apporter la chaleur #bear #hot»–, dans le but de gagner des chaufferettes pour ses prochaines vacances au ski.

 

Hugo Lindenberg
Hugo Lindenberg (16 articles)
Rédacteur en chef adjoint chez Stylist
Stylist
Stylist (115 articles)
Mode, culture, beauté, société.