Le Tour de France raconté par un photographe

Fanny Arlandis

FranceSports

, mis à jour le 19.07.2017 à 14 h 00

Comment photographier une compétition sportive comme le Tour de France et renouveler visuellement un événement qui a lieu depuis plus de 100 ans? Le photographe de l'Agence France-Presse (AFP) Jeff Pachoud couvre le Tour pour la cinquième année consécutive. Il revient pour Slate.fr sur son travail et commente certaines de ses images.

Le 8 juillet, huitième étape, entre Dole et la station des Rousses. | Jeff Pachoud / AFP

 

«La couverture de l’AFP se décompose en deux morceaux. On doit d’abord gérer la partie vraiment course, factuelle, qui consiste à photographier le costaud de l’étape, celui qui la gagne, l’échappée le matin, etc. Pour cela, nous avons deux motos en course avec deux photographes et un troisième à l’arrivée. Sur la moto, soit nous photographions ce qui se passe derrière nous en nous déhanchant (nous n’avons pas le droit de nous retourner), soit nous nous arrêtons sur le bord de la route pour photographier le peloton. Dans ce cas, la prise de risque est grande puisqu’on ne connaît pas la suite de l’étape par cœur. Il arrive de s’arrêter quelque part puis de se rendre compte que le cadre était mieux 300 mètres plus loin. Ensuite, il va aussi falloir doubler le peloton, ce qui n'est pas toujours chose aisée...»

Le 8 juillet, huitième étape, entre Dole et la station des Rousses. | Jeff Pachoud / AFP

 

«La couverture de l’AFP se décompose en deux morceaux. On doit d’abord gérer la partie vraiment course, factuelle, qui consiste à photographier le costaud de l’étape, celui qui la gagne, l’échappée le matin, etc. Pour cela, nous avons deux motos en course avec deux photographes et un troisième à l’arrivée. Sur la moto, soit nous photographions ce qui se passe derrière nous en nous déhanchant (nous n’avons pas le droit de nous retourner), soit nous nous arrêtons sur le bord de la route pour photographier le peloton. Dans ce cas, la prise de risque est grande puisqu’on ne connaît pas la suite de l’étape par cœur. Il arrive de s’arrêter quelque part puis de se rendre compte que le cadre était mieux 300 mètres plus loin. Ensuite, il va aussi falloir doubler le peloton, ce qui n'est pas toujours chose aisée...»

Le 11 juillet, dixième étape, entre Périgueux et Bergerac. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Notre couverture se passe en live: nous envoyons directement les photos depuis notre boîtier à une éditrice à Paris en utilisant le même système qu’une chaîne télévisée en direct. L’éditrice fait éventuellement un recadrage et une petite retouche quand il y a besoin, avant de légender les images et de les envoyer aux clients. Elle suit la course en direct à la TV et elle a donc le contexte de ce que l’on envoie. Quand le système de transmission fonctionne bien, que l’on n’est pas dans des zones blanches, l’éditrice reçoit l’image quasiment en instantané.»

Le 11 juillet, dixième étape, entre Périgueux et Bergerac. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Notre couverture se passe en live: nous envoyons directement les photos depuis notre boîtier à une éditrice à Paris en utilisant le même système qu’une chaîne télévisée en direct. L’éditrice fait éventuellement un recadrage et une petite retouche quand il y a besoin, avant de légender les images et de les envoyer aux clients. Elle suit la course en direct à la TV et elle a donc le contexte de ce que l’on envoie. Quand le système de transmission fonctionne bien, que l’on n’est pas dans des zones blanches, l’éditrice reçoit l’image quasiment en instantané.»

Le 11 juillet, dixième étape, entre Périgueux and Bergerac. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Il y a donc cette partie qui décrit la course et une deuxième partie plus illustrative où l'on va faire ce que l’on appelle des “cartes postales”. On roule devant le peloton, devant les échappées et à un moment donné on voit un paysage qui nous plaît, on s’arrête. L’idée, c’est de faire une photo où l’on voit le peloton passer dans un bel endroit, comme un château ou un champ de tournesols par exemple. On saisit alors les images les plus classiques qui, je crois, sont toujours attendues par les clients.»

Le 11 juillet, dixième étape, entre Périgueux and Bergerac. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Il y a donc cette partie qui décrit la course et une deuxième partie plus illustrative où l'on va faire ce que l’on appelle des “cartes postales”. On roule devant le peloton, devant les échappées et à un moment donné on voit un paysage qui nous plaît, on s’arrête. L’idée, c’est de faire une photo où l’on voit le peloton passer dans un bel endroit, comme un château ou un champ de tournesols par exemple. On saisit alors les images les plus classiques qui, je crois, sont toujours attendues par les clients.»

Le 12 juillet, onzième étape, entre Eymet et Pau. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Cela n’a pas été le cas cette année, mais si on passe par les châteaux de la Loire par exemple, c'est important pour les clients d’avoir une photo qui montre bien que le Tour est passé par là. Mais les clients attendent aussi des photos propres à la course, comme l’échappée qui part et le peloton qui reste derrière. Les images que j’ai choisies dans ce portfolio sont des images qui me plaisent et que j’aime faire car je les trouve amusantes ou esthétiques. Celle-ci me rappelle le Tour, avec les vélos accrochés sur les galeries des véhicules des directeurs sportifs et au dessus l’hélico de France TV.»

Le 12 juillet, onzième étape, entre Eymet et Pau. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Cela n’a pas été le cas cette année, mais si on passe par les châteaux de la Loire par exemple, c'est important pour les clients d’avoir une photo qui montre bien que le Tour est passé par là. Mais les clients attendent aussi des photos propres à la course, comme l’échappée qui part et le peloton qui reste derrière. Les images que j’ai choisies dans ce portfolio sont des images qui me plaisent et que j’aime faire car je les trouve amusantes ou esthétiques. Celle-ci me rappelle le Tour, avec les vélos accrochés sur les galeries des véhicules des directeurs sportifs et au dessus l’hélico de France TV.»

Le 13 juillet, douzième étape, entre Pau et Peyragudes. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Pour celle-ci, j’ai vu une rangé d’arbre et j’ai eu envie de couper l’image avec ces bois. L’idée c’était d’avoir un coureur qui passe, et le bonus de cela c’est en principe d’avoir le maillot jaune et pas un autre coureur. Je l’ai vu arriver un peu avant et grâce à la rafale de l’appareil photo, en ayant un peu prévu, j’ai eu la chance que ce soit pile le maillot jaune qui passe à ce moment-là, car il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une grosse part de chance.»

Le 13 juillet, douzième étape, entre Pau et Peyragudes. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Pour celle-ci, j’ai vu une rangé d’arbre et j’ai eu envie de couper l’image avec ces bois. L’idée c’était d’avoir un coureur qui passe, et le bonus de cela c’est en principe d’avoir le maillot jaune et pas un autre coureur. Je l’ai vu arriver un peu avant et grâce à la rafale de l’appareil photo, en ayant un peu prévu, j’ai eu la chance que ce soit pile le maillot jaune qui passe à ce moment-là, car il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une grosse part de chance.»

Le 12 juillet, onzième étape, entre Eymet et Pau. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Ce que j’essaie de faire, c’est d’imaginer l’image que j’aurai la possibilité de faire en m’arrêtant avec le motard. Mais il est parfois difficile de trouver des endroits intéressants. C’était le cas lors de la onzième étape par exemple. On a longé des sortes de haies, et j’ai demandé au motard de m’arrêter. Je me suis mis derrière le buisson et je savais que si je faisais un filé, cela allait créer cet aspect graphique, ce patchwork de couleurs avec les cyclistes derrière qui ne sont pas forcément très nets, mais je me suis laissé guider par l'esthétique. J’aime que les images soient denses, qu’elles dessinent des formes et ne permettent pas de reconnaître les visages dessus. Je ne m’arrête pas que parce que je vois un beau paysage, mais aussi quand j’ai une idée en tête. Des fois, cela fonctionne, et d’autres, pas du tout!»

Le 12 juillet, onzième étape, entre Eymet et Pau. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Ce que j’essaie de faire, c’est d’imaginer l’image que j’aurai la possibilité de faire en m’arrêtant avec le motard. Mais il est parfois difficile de trouver des endroits intéressants. C’était le cas lors de la onzième étape par exemple. On a longé des sortes de haies, et j’ai demandé au motard de m’arrêter. Je me suis mis derrière le buisson et je savais que si je faisais un filé, cela allait créer cet aspect graphique, ce patchwork de couleurs avec les cyclistes derrière qui ne sont pas forcément très nets, mais je me suis laissé guider par l'esthétique. J’aime que les images soient denses, qu’elles dessinent des formes et ne permettent pas de reconnaître les visages dessus. Je ne m’arrête pas que parce que je vois un beau paysage, mais aussi quand j’ai une idée en tête. Des fois, cela fonctionne, et d’autres, pas du tout!»

Le 6 juillet, sixième étape, entre Vesoul et Troyes. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Tous les jours il faut photographier les principaux maillots, les gros coureurs du peloton. Sur cette photo on voit l'anglais Christopher Froome qui célèbre son maillot jaune sur le podium de la fin de la sixième étape. Ces coureurs font l’objet d’une couverture constante de notre part, on reste toujours attentifs. On essaie d’être le plus complet possible tous les jours. Chaque jour j’envoie de 100 à 150 images. L’écran de l’appareil est petit, sur la moto ça vibre et nous devons agir vite. Je fais donc des sélections un peu larges, par exemple je peux envoyer trois photos d’un même moment et l’éditrice à Paris choisira parmi les trois pour n’en prendre qu’une. Ce qui fait qu’au total, pour les trois photographes, entre 100 et 150 photos sont gardées et envoyées aux clients au quotidien.»

Le 6 juillet, sixième étape, entre Vesoul et Troyes. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Tous les jours il faut photographier les principaux maillots, les gros coureurs du peloton. Sur cette photo on voit l'anglais Christopher Froome qui célèbre son maillot jaune sur le podium de la fin de la sixième étape. Ces coureurs font l’objet d’une couverture constante de notre part, on reste toujours attentifs. On essaie d’être le plus complet possible tous les jours. Chaque jour j’envoie de 100 à 150 images. L’écran de l’appareil est petit, sur la moto ça vibre et nous devons agir vite. Je fais donc des sélections un peu larges, par exemple je peux envoyer trois photos d’un même moment et l’éditrice à Paris choisira parmi les trois pour n’en prendre qu’une. Ce qui fait qu’au total, pour les trois photographes, entre 100 et 150 photos sont gardées et envoyées aux clients au quotidien.»

Le 29 juin 2017, Düsseldorf (Allemagne) | Jeff Pachoud / AFP

 

«Pour autant, nous nous permettons aussi des choses peut-être un peu plus originales ou plus graphiques. Par exemple cette image montre le français Axel Domont lors d'une séance d'entraînement de l'équipe AG2R La Mondiale devant un chantier à Düsseldorf. J’aime cette photo car elle est bizarre. Il est amusant de voir un cycliste tout seul au milieu de ce chantier. Cette photo a été prise deux jours avant le début du tour. Les photographes arrivent une semaine avant sur les lieux et couvrent la préparation des différentes équipes.»

Le 29 juin 2017, Düsseldorf (Allemagne) | Jeff Pachoud / AFP

 

«Pour autant, nous nous permettons aussi des choses peut-être un peu plus originales ou plus graphiques. Par exemple cette image montre le français Axel Domont lors d'une séance d'entraînement de l'équipe AG2R La Mondiale devant un chantier à Düsseldorf. J’aime cette photo car elle est bizarre. Il est amusant de voir un cycliste tout seul au milieu de ce chantier. Cette photo a été prise deux jours avant le début du tour. Les photographes arrivent une semaine avant sur les lieux et couvrent la préparation des différentes équipes.»

Le 15 juillet, quatorzième étape, entre Blagnac et Rodez. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Pour ce qui est de se renouveler, j’essaie. A un moment donné, quand je sens que j’ai rempli la mission du jour pour l’AFP, c’est-à-dire que j’ai bien couvert la course en photographiant les temps forts (comme l'échappée sur cette image) et quelques cartes postales de beaux paysages avec le peloton, j’essaie d’oublier tout ça et d’envisager les choses de façon graphique. Je ne cherche pas forcément à faire une photo où l'on reconnaît un endroit, comme les champs de lavande dans le sud, ou un coureur précis. J’oublie cela et je regarde les choses uniquement de façon esthétique et graphique.»

Le 15 juillet, quatorzième étape, entre Blagnac et Rodez. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Pour ce qui est de se renouveler, j’essaie. A un moment donné, quand je sens que j’ai rempli la mission du jour pour l’AFP, c’est-à-dire que j’ai bien couvert la course en photographiant les temps forts (comme l'échappée sur cette image) et quelques cartes postales de beaux paysages avec le peloton, j’essaie d’oublier tout ça et d’envisager les choses de façon graphique. Je ne cherche pas forcément à faire une photo où l'on reconnaît un endroit, comme les champs de lavande dans le sud, ou un coureur précis. J’oublie cela et je regarde les choses uniquement de façon esthétique et graphique.»

Le 13 juillet, douzième étape, entre Pau et Peyragudes. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Le cyclisme est particulier à couvrir et assez déroutant. On se place grâce au pilote de la moto et pas avec nos jambes. La couverture du vélo est un événement assez à part car perpétuellement en mouvement. Dans les courses automobiles, c’est un circuit, les motos ou les voitures repassent, on peut changer d’angle... Dans une course cycliste, c’est un instant qui arrive et qui ne se reproduit jamais puisque l’on bouge sans cesse.»

Le 13 juillet, douzième étape, entre Pau et Peyragudes. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Le cyclisme est particulier à couvrir et assez déroutant. On se place grâce au pilote de la moto et pas avec nos jambes. La couverture du vélo est un événement assez à part car perpétuellement en mouvement. Dans les courses automobiles, c’est un circuit, les motos ou les voitures repassent, on peut changer d’angle... Dans une course cycliste, c’est un instant qui arrive et qui ne se reproduit jamais puisque l’on bouge sans cesse.»

Le 3 juillet, troisième étape, entre Verviers (Belgique) et Longwy (France). | Jeff Pachoud / AFP

 

«Le Tour lui-même est très particulier. Par sa durée par exemple. On change de ville et de décor tous les jours, ce qui est assez plaisant. Pour ce qui est de l’aspect couverture photographique, cela demande une grosse organisation logistique, il faut avoir un système de transmission fiable. Les contraintes sont donc un peu plus aiguës que sur d’autres compétitions sportives où l'on est en place à un endroit donné.»

Le 3 juillet, troisième étape, entre Verviers (Belgique) et Longwy (France). | Jeff Pachoud / AFP

 

«Le Tour lui-même est très particulier. Par sa durée par exemple. On change de ville et de décor tous les jours, ce qui est assez plaisant. Pour ce qui est de l’aspect couverture photographique, cela demande une grosse organisation logistique, il faut avoir un système de transmission fiable. Les contraintes sont donc un peu plus aiguës que sur d’autres compétitions sportives où l'on est en place à un endroit donné.»

Le 12 juillet, onzième étape, entre Eymet et Pau. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Le bord de la route lors du Tour de France est aussi intéressant que la course. Pour moi, cette photo représente cette atmosphère, car c’est aussi l’attente des supporters. Les gens s’installent sur le bord de la route et attendent un peloton qui va passer, dans le meilleur des cas, une minute devant eux, même pas. Et je trouve cet engouement pour l'événement très représentatif. J’aime cette photo pour sa banalité: une personne attend toute seule au milieu d’un champ, à côté d’une botte de paille et d’un fil électrique.»

Le 12 juillet, onzième étape, entre Eymet et Pau. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Le bord de la route lors du Tour de France est aussi intéressant que la course. Pour moi, cette photo représente cette atmosphère, car c’est aussi l’attente des supporters. Les gens s’installent sur le bord de la route et attendent un peloton qui va passer, dans le meilleur des cas, une minute devant eux, même pas. Et je trouve cet engouement pour l'événement très représentatif. J’aime cette photo pour sa banalité: une personne attend toute seule au milieu d’un champ, à côté d’une botte de paille et d’un fil électrique.»

Le 12 juillet, onzième étape, entre Eymet et Pau. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Cette photo aussi me fait sourire, car elle est un peu hors contexte et paraît incongrue. C’est cela aussi que je trouve marquant dans le Tour de France, toute cette technologie, tous ces gens qui traversent des routes au milieu de nulle part. Cela crée des situations surréalistes et amusantes comme un hélicoptère qui passe au dessus d’une vache qui le regarde. Cette photo parle du Tour de France sans montrer de vélos!»

Le 12 juillet, onzième étape, entre Eymet et Pau. | Jeff Pachoud / AFP

 

«Cette photo aussi me fait sourire, car elle est un peu hors contexte et paraît incongrue. C’est cela aussi que je trouve marquant dans le Tour de France, toute cette technologie, tous ces gens qui traversent des routes au milieu de nulle part. Cela crée des situations surréalistes et amusantes comme un hélicoptère qui passe au dessus d’une vache qui le regarde. Cette photo parle du Tour de France sans montrer de vélos!»