Les Tadjiks, ces migrants dont la Russie ne veut pas

Fanny Arlandis

Monde

, mis à jour le 19.03.2017 à 14 h 14

Au lendemain de la guerre civile (1992-1997), le Tadjikistan a plongé dans une crise économique et de nombreux Tadjiks ont migré en Russie voisine pour travailler. Dans In the Cold (la série photographique est accompagnée d'un documentaire en ligne)Ksenia Diodorava raconte l'histoire de vingt-quatre familles partagées entre la Russie et les montagnes tadjiks. «J’ai vu ce que ces migrants vivent tous les jours, ce à quoi ils doivent faire face et ce qu’ils doivent faire pour nourrir leurs enfants et leurs parents», raconte la photographe russe.

«Chaque pays a des problèmes de migration. Il y a environ cinq ans, j’ai réalisé pour la première fois que le niveau d’intolérance vis-à-vis des migrants d’Asie centrale en Russie était très problématique. On le ressent chaque jour partout: dans le métro, dans le bus, quand on va acheter son lait… Cela a commencé à me toucher de plus en plus et j’ai voulu travailler sur ce sujet. C’est ce que j’ai fait pendant neuf mois.»

«Chaque pays a des problèmes de migration. Il y a environ cinq ans, j’ai réalisé pour la première fois que le niveau d’intolérance vis-à-vis des migrants d’Asie centrale en Russie était très problématique. On le ressent chaque jour partout: dans le métro, dans le bus, quand on va acheter son lait… Cela a commencé à me toucher de plus en plus et j’ai voulu travailler sur ce sujet. C’est ce que j’ai fait pendant neuf mois.»

Crédit: Ksenia Diodorava

«La plupart des pays post-soviétiques ont toujours eu une forte diaspora en Russie, de sorte qu’il n’y avait jamais de grandes distances entre les Russes, les Géorgiens, les Azerbaïdjanais et les Ukrainiens (jusqu’aux récents évènements). Mais les migrants d’Asie centrale, comme ceux de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et probablement du Kirghizistan ne sont pas autant intégrés et cela prend beaucoup de temps pour de nombreuses raisons.»

«La plupart des pays post-soviétiques ont toujours eu une forte diaspora en Russie, de sorte qu’il n’y avait jamais de grandes distances entre les Russes, les Géorgiens, les Azerbaïdjanais et les Ukrainiens (jusqu’aux récents évènements). Mais les migrants d’Asie centrale, comme ceux de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et probablement du Kirghizistan ne sont pas autant intégrés et cela prend beaucoup de temps pour de nombreuses raisons.»

Crédit: Ksenia Diodorava

«Le but de mon travail est de modifier la perception des migrants tadjiks au sein du peuple russe. En Russie, il est généralement dit que l’immigration étrangle nos villes, nos écoles et nos métros. L’immigration est une inondation dans laquelle nous nous noyons. En vérité, l’important serait de savoir d’où les gens viennent, plutôt que de savoir où ils vont. La véritable ampleur de l’immigration ne peut être comprise qu’en appréciant sa source.»

«Le but de mon travail est de modifier la perception des migrants tadjiks au sein du peuple russe. En Russie, il est généralement dit que l’immigration étrangle nos villes, nos écoles et nos métros. L’immigration est une inondation dans laquelle nous nous noyons. En vérité, l’important serait de savoir d’où les gens viennent, plutôt que de savoir où ils vont. La véritable ampleur de l’immigration ne peut être comprise qu’en appréciant sa source.»

Crédit: Ksenia Diodorava

«La vallée du Bartang, où je me suis rendue, est une des régions les plus isolées du Tadjikistan. En hiver, les chutes de neige coupent la vallée du reste du monde. Les routes sont souvent bloquées et l’approvisionnement en électricité est sporadique. Un seul village reçoit du réseau téléphonique.»

«La vallée du Bartang, où je me suis rendue, est une des régions les plus isolées du Tadjikistan. En hiver, les chutes de neige coupent la vallée du reste du monde. Les routes sont souvent bloquées et l’approvisionnement en électricité est sporadique. Un seul village reçoit du réseau téléphonique.»

Crédit: Ksenia Diodorava

«Au début, quand je suis arrivée dans la vallée du Bartang, j’ai pensé qu’il allait être difficile de trouver des familles avec des enfants qui travaillent actuellement en Russie. Mais en fait presque chaque famille est impliquée dans ces migrations. Ils se rendent compte des difficultés sociales auxquelles sont confrontés leurs proches parents et leurs enfants en Russie – l’injustice, la pression policière, l’isolement social, etc. Mais comme mon projet avait pour but d’apporter de la tolérance, les gens étaient heureux de coopérer.»

«Au début, quand je suis arrivée dans la vallée du Bartang, j’ai pensé qu’il allait être difficile de trouver des familles avec des enfants qui travaillent actuellement en Russie. Mais en fait presque chaque famille est impliquée dans ces migrations. Ils se rendent compte des difficultés sociales auxquelles sont confrontés leurs proches parents et leurs enfants en Russie – l’injustice, la pression policière, l’isolement social, etc. Mais comme mon projet avait pour but d’apporter de la tolérance, les gens étaient heureux de coopérer.»

Crédit: Ksenia Diodorava

«Il a été plus difficile de travailler en Russie car les migrants ont peur et essaient d’éviter tout contact avec les médias pour éviter les problèmes avec leur permis de travail. J’ai passé plusieurs mois dans leurs villages dans les montagnes et j’ai vu leurs familles. J’ai donc pu leur apporter les photos de leurs proches, de leurs maisons et de leurs enfants qu’ils n’avaient pas vus depuis des années. Ce fut la clé pour construire la confiance.»

«Il a été plus difficile de travailler en Russie car les migrants ont peur et essaient d’éviter tout contact avec les médias pour éviter les problèmes avec leur permis de travail. J’ai passé plusieurs mois dans leurs villages dans les montagnes et j’ai vu leurs familles. J’ai donc pu leur apporter les photos de leurs proches, de leurs maisons et de leurs enfants qu’ils n’avaient pas vus depuis des années. Ce fut la clé pour construire la confiance.»

Crédit: Ksenia Diodorava

«En Russie, les migrants vivent dans des appartements différents de ceux dans lesquels nous habitons habituellement. Il n’y a pratiquement pas de meubles. Tout le monde s’assoit sur une nappe étendue sur le sol et boit le thé. Dans un coin se trouvent les matelas et les couvertures empilés. Ils sont placés sur le sol le soir. C’est la même chose dans la région montagneuse de Pamir. Quand je suis venue rendre visite à cette famille un dimanche, j’ai vu une nappe au milieu de la pièce et tout le monde assis autour d’elle. Il y avait du thé, des abricots sauvages, des bonbons et des noix.»

 

«En Russie, les migrants vivent dans des appartements différents de ceux dans lesquels nous habitons habituellement. Il n’y a pratiquement pas de meubles. Tout le monde s’assoit sur une nappe étendue sur le sol et boit le thé. Dans un coin se trouvent les matelas et les couvertures empilés. Ils sont placés sur le sol le soir. C’est la même chose dans la région montagneuse de Pamir. Quand je suis venue rendre visite à cette famille un dimanche, j’ai vu une nappe au milieu de la pièce et tout le monde assis autour d’elle. Il y avait du thé, des abricots sauvages, des bonbons et des noix.»

 

Crédit: Ksenia Diodorava

«Karim, le fils de Kholik et Baorik (photo), vit en Russie depuis sept ans. Il travaille comme portier dans la région de Moscou. Il y a quatre ans et demi, il s’est marié avec Moiramo, qui est aussi originaire des montagnes du Pamir. Elle est tombée enceinte et elle a accouché dans sa région natale. Elle a laissé son bébé à ses parents pour retourner à Moscou. Leur fille s’appelle Noziya et a déjà 3 ans maintenant. Karim ne l’a pas vue depuis. Il dit qu’ils se parlent au téléphone.»

«Karim, le fils de Kholik et Baorik (photo), vit en Russie depuis sept ans. Il travaille comme portier dans la région de Moscou. Il y a quatre ans et demi, il s’est marié avec Moiramo, qui est aussi originaire des montagnes du Pamir. Elle est tombée enceinte et elle a accouché dans sa région natale. Elle a laissé son bébé à ses parents pour retourner à Moscou. Leur fille s’appelle Noziya et a déjà 3 ans maintenant. Karim ne l’a pas vue depuis. Il dit qu’ils se parlent au téléphone.»

Crédit: Ksenia Diodorava

«Khairulo et Baskhotun vivent à Khuchez. Leur fils s’appelle Mirfaroz (photo). Il vit à Moscou depuis sept ans et travaille sur un site de construction. Il a annoncé en mars qu'il avait l'intention de se marier à Moscou et qu'il amènerait sa famille pour le mariage.»

«Khairulo et Baskhotun vivent à Khuchez. Leur fils s’appelle Mirfaroz (photo). Il vit à Moscou depuis sept ans et travaille sur un site de construction. Il a annoncé en mars qu'il avait l'intention de se marier à Moscou et qu'il amènerait sa famille pour le mariage.»

Crédit: Ksenia Diodorava

«En avril, Mirfaroz s'est marié avec sa fiancée Fazila. Sa mère a voyagé jusqu'à Moscou pour le mariage. Mirfaroz a eu cette phrase: “Une femme, une fille, même si elle est plus intelligente que son mari, doit au moins prétendre qu’elle est faible et dépendante. C’est une décision de sagesse. Ces femmes doivent être respectées pour que leur vie devienne belle.”»

«En avril, Mirfaroz s'est marié avec sa fiancée Fazila. Sa mère a voyagé jusqu'à Moscou pour le mariage. Mirfaroz a eu cette phrase: “Une femme, une fille, même si elle est plus intelligente que son mari, doit au moins prétendre qu’elle est faible et dépendante. C’est une décision de sagesse. Ces femmes doivent être respectées pour que leur vie devienne belle.”»

Crédit: Ksenia Diodorava