Comment la photo a dévoilé la montagne aux yeux du monde

Fanny Arlandis

HistoireSportsMondeCulture

, mis à jour le 03.04.2017 à 12 h 02

Jusqu’au XIXe siècle, la montagne est un lieu ignoré, inconnu et inaccessible. La photographie a ensuite contribué à dévoiler ces sommets au reste du monde. C'est ce que l'on apprend dans l'exposition Sans limite. Photographies de montagne, au Musée de l'Élysée (Suisse) jusqu'au 30 avril 2017. Un ouvrage éponyme a également été publié par le Musée de l’Élysée en coédition avec Les Éditions Noir sur Blanc.

Gabriel Lippmann, Le Cervin, 1891-1899 © Musée de l’Élysée, Lausanne, Collection du Musée de l'Élysée

 

Jusqu'au XVIIIe siècle, la montagne demeure un lieu inexploré et dangereux, faisant l'objet de superstitions. On ne lui trouve aucune beauté. «L’intérêt pour la montagne –son invention– se fait par étapes durant le siècle des lumières et le début du XIXe siècle, explique le commissaire Daniel Girardin dans une interview donnée au musée. Le regard porté est d’abord littéraire. Albrecht von Haller (1708–1777) écrit en 1729 “Die Alpen”, un poème épique au succès considérable, puisque le livre connaît une trentaine d’éditions du vivant de son auteur.»

Gabriel Lippmann, Le Cervin, 1891-1899 © Musée de l’Élysée, Lausanne, Collection du Musée de l'Élysée

 

Jusqu'au XVIIIe siècle, la montagne demeure un lieu inexploré et dangereux, faisant l'objet de superstitions. On ne lui trouve aucune beauté. «L’intérêt pour la montagne –son invention– se fait par étapes durant le siècle des lumières et le début du XIXe siècle, explique le commissaire Daniel Girardin dans une interview donnée au musée. Le regard porté est d’abord littéraire. Albrecht von Haller (1708–1777) écrit en 1729 “Die Alpen”, un poème épique au succès considérable, puisque le livre connaît une trentaine d’éditions du vivant de son auteur.»

John Jullien, Traversée de la Mer de Glace, vers 1880 © Musée de l'Élysée, Lausanne, Collection du Musée de l'Élysée

 

«Jean-Jacques Rousseau (1712–1778), dans La Nouvelle Héloïse qu’il publie en 1761, formalise les traits constitutifs du "beau paysage", dans une vision préromantique de la moyenne montagne et des moeurs idéalisées de ses habitants. Il initie une mode alpestre qui ne cessera de se développer grâce au tourisme, un terme qui apparaît en 1841, puis à la pratique de l’"alpinisme", un concept qui apparaît en 1876 seulement.»

John Jullien, Traversée de la Mer de Glace, vers 1880 © Musée de l'Élysée, Lausanne, Collection du Musée de l'Élysée

 

«Jean-Jacques Rousseau (1712–1778), dans La Nouvelle Héloïse qu’il publie en 1761, formalise les traits constitutifs du "beau paysage", dans une vision préromantique de la moyenne montagne et des moeurs idéalisées de ses habitants. Il initie une mode alpestre qui ne cessera de se développer grâce au tourisme, un terme qui apparaît en 1841, puis à la pratique de l’"alpinisme", un concept qui apparaît en 1876 seulement.»

Roland Gay-Couttet, Aiguille d'Argentière escalade, vers 1960-1970 © Hubert Gay-Couttet et Samuel Gay-Couttet

 

«Dès les débuts, photographier la montagne représente un défi esthétique et artistique de taille, doublé de très grandes difficultés techniques en ce qui concerne les prises de vue. Le matériel est lourd et fragile, la lumière trop intense pour les temps de pose très longs, phénomène encore accentué par la neige.»

Roland Gay-Couttet, Aiguille d'Argentière escalade, vers 1960-1970 © Hubert Gay-Couttet et Samuel Gay-Couttet

 

«Dès les débuts, photographier la montagne représente un défi esthétique et artistique de taille, doublé de très grandes difficultés techniques en ce qui concerne les prises de vue. Le matériel est lourd et fragile, la lumière trop intense pour les temps de pose très longs, phénomène encore accentué par la neige.»

Roland Gay-Couttet, Massif du Mont-Blanc alpinisme,vers 1960-1970 © Hubert Gay-Couttet et Samuel Gay-Couttet

 

«Dans les années 1850, les photographes qui utilisent le collodion humide doivent emporter un laboratoire ambulant pour le développement des plaques sur place. Auguste Rosalie Bisson emmène avec lui environ deux cent cinquante kilos de matériel! Ce sont donc de véritables expéditions qui sont organisées, et elles coûtent évidemment très cher.»

Roland Gay-Couttet, Massif du Mont-Blanc alpinisme,vers 1960-1970 © Hubert Gay-Couttet et Samuel Gay-Couttet

 

«Dans les années 1850, les photographes qui utilisent le collodion humide doivent emporter un laboratoire ambulant pour le développement des plaques sur place. Auguste Rosalie Bisson emmène avec lui environ deux cent cinquante kilos de matériel! Ce sont donc de véritables expéditions qui sont organisées, et elles coûtent évidemment très cher.»

François Schaer, Arolla, de la série Jours Blancs, 2012 © François Schaer

 

L'exposition comprend près de 300 tirages, dont plus des trois quarts proviennent des collections du Musée de l’Élysée. «Nous possédons effectivement une importante collection de photographies de montagne, près de 4.000 tirages, explique Daniel Girardin dans l'interview donnée au musée. Une partie appartenait à la Collection iconographique du canton de Vaud, qui avait été déposée au Musée de l’Élysée à sa création en tant que Musée pour la photographie, en 1985.»

François Schaer, Arolla, de la série Jours Blancs, 2012 © François Schaer

 

L'exposition comprend près de 300 tirages, dont plus des trois quarts proviennent des collections du Musée de l’Élysée. «Nous possédons effectivement une importante collection de photographies de montagne, près de 4.000 tirages, explique Daniel Girardin dans l'interview donnée au musée. Une partie appartenait à la Collection iconographique du canton de Vaud, qui avait été déposée au Musée de l’Élysée à sa création en tant que Musée pour la photographie, en 1985.»

Aurore Bagarry, Glacier du Tour, vue prise près du Refuge Albert 1er, 2012 © Aurore Bagary, Courtoisie galerie Sit Down, Collection du Musée de l'Élysée

 

«Nous avons ensuite acheté dès 1986 des ensembles importants, notamment l’intégralité des tirages originaux que Francis Frith a réalisés en Suisse, entre 1865 et 1875. Cela représente un corpus de près de 600 tirages.»

Aurore Bagarry, Glacier du Tour, vue prise près du Refuge Albert 1er, 2012 © Aurore Bagary, Courtoisie galerie Sit Down, Collection du Musée de l'Élysée

 

«Nous avons ensuite acheté dès 1986 des ensembles importants, notamment l’intégralité des tirages originaux que Francis Frith a réalisés en Suisse, entre 1865 et 1875. Cela représente un corpus de près de 600 tirages.»

Maurice Schobinger, Face à Face - Lenzspitze, 2015 © Maurice Schobinger, Collection du Musée de l'Élysée

 

«Nous avons également dans les collections tout ce qui a été réuni par les commandes faites par le musée lors du 700e de la Confédération, en 1991, ce qui représente plusieurs centaines de tirages dont ceux de Jean Otth, Michel Semeniako, Alain Ceccaroli, Luc Chessex ou Nicolas Faure.»

Maurice Schobinger, Face à Face - Lenzspitze, 2015 © Maurice Schobinger, Collection du Musée de l'Élysée

 

«Nous avons également dans les collections tout ce qui a été réuni par les commandes faites par le musée lors du 700e de la Confédération, en 1991, ce qui représente plusieurs centaines de tirages dont ceux de Jean Otth, Michel Semeniako, Alain Ceccaroli, Luc Chessex ou Nicolas Faure.»

Jacques Pugin 001 Glaciers, Rhonegletscher, 2015 © Jacques Pugin, Collection Musée de l'Élysée

 

«Le renouveau de la photographie de montagne avec le numérique nous a aussi poussé à acheter des oeuvres contemporaines, qui sont très présentes dans l’exposition. Nous avons ainsi des travaux très originaux de Jacques Pugin, Maurice Schobinger, Annelies Strba, Thomas Bouvier, Aurore Bagarry, Matthieu Gafsou, Léo Fabrizio ou Pierre Vallet, pour ne citer qu’eux.»

Jacques Pugin 001 Glaciers, Rhonegletscher, 2015 © Jacques Pugin, Collection Musée de l'Élysée

 

«Le renouveau de la photographie de montagne avec le numérique nous a aussi poussé à acheter des oeuvres contemporaines, qui sont très présentes dans l’exposition. Nous avons ainsi des travaux très originaux de Jacques Pugin, Maurice Schobinger, Annelies Strba, Thomas Bouvier, Aurore Bagarry, Matthieu Gafsou, Léo Fabrizio ou Pierre Vallet, pour ne citer qu’eux.»

Yann Gross, Avalanche 4, 2006 © Yann Gross

 

«Les photographes ont aujourd’hui une formation plus orientée d’un point de vue artistique, donc un regard singulièrement esthétique. Il y a toujours une intention propre à donner du sens aux images, soit en rapport avec l’histoire de la photographie elle-même, soit en saisissant toutes les possibilités créatives qu’offre le numérique, en particulier dans l’impression des tirages.»

Yann Gross, Avalanche 4, 2006 © Yann Gross

 

«Les photographes ont aujourd’hui une formation plus orientée d’un point de vue artistique, donc un regard singulièrement esthétique. Il y a toujours une intention propre à donner du sens aux images, soit en rapport avec l’histoire de la photographie elle-même, soit en saisissant toutes les possibilités créatives qu’offre le numérique, en particulier dans l’impression des tirages.»

Charles Charnaux, Le Cervin, 1910-1920 © Musée de l'Élysée, Lausanne, Collection du Musée de l'Élysée

 

«Dans une large mesure, la création contemporaine renoue avec des préoccupations qui ont été celles des premiers photographes, et qui peuvent aujourd’hui être dépassées.»

Charles Charnaux, Le Cervin, 1910-1920 © Musée de l'Élysée, Lausanne, Collection du Musée de l'Élysée

 

«Dans une large mesure, la création contemporaine renoue avec des préoccupations qui ont été celles des premiers photographes, et qui peuvent aujourd’hui être dépassées.»