Les lieux de drague gays, un espace de libertés

Fanny Arlandis

Double XLGBTQ

, mis à jour le 06.03.2017 à 9 h 50

Amélie Landry a créé un profil sur un site de rencontres gay en expliquant son intention: trouver les lieux physiques de drague. «Je voulais parler de territoire, d’appropriation du territoire, explique la photographe belge. Ce travail questionne ces espaces qui naissent de la volonté et du désir de se rencontrer. Bien que ces lieux soient propices à des rencontres sexuelles, j’ai surtout eu envie de parler d’espace de liberté.» Son livre, Les chemins égarés, géographie sociale des lieux de sexualité entre hommes, vient de paraître aux éditions le Bec en l'air. Une présentation est organisée avec la photographe et les auteurs des textes (Mathieu Riboulet et Laurent Gaissad), le 22 mars, à la librairie Les mots à la bouche (Paris).

Les passages répétés des usagers dans les bois ont façonné des couloirs labyrinthiques. France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, 2015 | Amélie Landry / Agence VU

 

«Je souhaitais interroger la notion de "marge". Je me suis posée cette question: la marge est souvent associée à des formes de précarité économique et sociale mais y a-t-il des lieux dit "en marge" rassemblant toutes les classes sociales? Je n'ai trouvé qu’une seule réponse: la sexualité. J’ai identifié certains de ces lieux sur internet, des hommes m’ont conduit sur d'autres et j’en ai découvert encore par hasard. Les lieux de rencontres peuvent prendre une multitudes de formes: parc naturel, friche, parking, bois, autoroute… et sont choisis pour leur discrétion. Au départ je ne savais pas les reconnaitre mais, aujourd’hui je crois que j’ai, presque comme un homme, acquis ce 6ème sens!»

Les passages répétés des usagers dans les bois ont façonné des couloirs labyrinthiques. France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, 2015 | Amélie Landry / Agence VU

 

«Je souhaitais interroger la notion de "marge". Je me suis posée cette question: la marge est souvent associée à des formes de précarité économique et sociale mais y a-t-il des lieux dit "en marge" rassemblant toutes les classes sociales? Je n'ai trouvé qu’une seule réponse: la sexualité. J’ai identifié certains de ces lieux sur internet, des hommes m’ont conduit sur d'autres et j’en ai découvert encore par hasard. Les lieux de rencontres peuvent prendre une multitudes de formes: parc naturel, friche, parking, bois, autoroute… et sont choisis pour leur discrétion. Au départ je ne savais pas les reconnaitre mais, aujourd’hui je crois que j’ai, presque comme un homme, acquis ce 6ème sens!»

Dunes littorales. France, Languedoc-Roussillon, 2012 | Amélie Landry / Agence VU

 

«C’est étrange à dire aujourd’hui, mais avant ce projet, j’ignorais l’existence de ces lieux. J’ai trouvé très peu de réponses à mes questions dans la production photographique. J’ai trouvé ça curieux, ça m’a intrigué. A contrario, j’ai trouvé dans les sciences sociales des approches surprenantes et fascinantes pour questionner ces espaces. Les textes majeurs qui ont motivés ce travail sont: Le commerce des pissotières (pratiques homosexuelles anonymes dans l'Amérique des années 1960) de Laud Humphreys et L'air de la nuit rend libre? de Laurent Gaissad. Laurent Gaissad a d’ailleurs accepté de rejoindre le projet. Il a apporté à mon travail un éclairage essentiel.»

Dunes littorales. France, Languedoc-Roussillon, 2012 | Amélie Landry / Agence VU

 

«C’est étrange à dire aujourd’hui, mais avant ce projet, j’ignorais l’existence de ces lieux. J’ai trouvé très peu de réponses à mes questions dans la production photographique. J’ai trouvé ça curieux, ça m’a intrigué. A contrario, j’ai trouvé dans les sciences sociales des approches surprenantes et fascinantes pour questionner ces espaces. Les textes majeurs qui ont motivés ce travail sont: Le commerce des pissotières (pratiques homosexuelles anonymes dans l'Amérique des années 1960) de Laud Humphreys et L'air de la nuit rend libre? de Laurent Gaissad. Laurent Gaissad a d’ailleurs accepté de rejoindre le projet. Il a apporté à mon travail un éclairage essentiel.»

France, Aquitaine, 2012 | Amélie Landry / Agence VU

 

«J’ai travaillé cinq ans sur ce projet: il a commencé en 2011 par des prises de vues photographiques dans des sex-shop et s’est achevé par un enregistrement radiophonique en 2016. J’ai entre-temps fait trois voyages d’enquêtes et de photographies d’environ cinq mois chacun. Et consacré le reste de mon temps à re-transcrire les entretiens, à organiser la matière photographique et surtout à me documenter.»

France, Aquitaine, 2012 | Amélie Landry / Agence VU

 

«J’ai travaillé cinq ans sur ce projet: il a commencé en 2011 par des prises de vues photographiques dans des sex-shop et s’est achevé par un enregistrement radiophonique en 2016. J’ai entre-temps fait trois voyages d’enquêtes et de photographies d’environ cinq mois chacun. Et consacré le reste de mon temps à re-transcrire les entretiens, à organiser la matière photographique et surtout à me documenter.»

Aire d’autoroute, tronçon gratuit. France, Bretagne, 2014 | Amélie Landry / Agence VU

 

«Ma méthode de travail a évolué tout au long du projet. La première approche a été géographique, j'ai réalisé un grand nombre de paysages puis j’ai commencé un travail de portrait. Parallèlement j’ai réalisé des entretiens. J’ai soumis à mes interlocuteurs des textes: Un poème de Georges Bataille, et une définition du labyrinthe. J’ai pensé qu’en leur soumettant des textes imagés, cela pourrait les aider à créer des images pour raconter leur expérience.»

Aire d’autoroute, tronçon gratuit. France, Bretagne, 2014 | Amélie Landry / Agence VU

 

«Ma méthode de travail a évolué tout au long du projet. La première approche a été géographique, j'ai réalisé un grand nombre de paysages puis j’ai commencé un travail de portrait. Parallèlement j’ai réalisé des entretiens. J’ai soumis à mes interlocuteurs des textes: Un poème de Georges Bataille, et une définition du labyrinthe. J’ai pensé qu’en leur soumettant des textes imagés, cela pourrait les aider à créer des images pour raconter leur expérience.»

France, 2011-2016 Issue de la série «Les chemins égarés» | Amélie Landry / Agence VU

 

«Toutes les classes sociales se retrouvent sur ce type de lieu. La seule manière d’identifier l’origine sociale de quelqu’un est le modèle de voiture quand un parking est adjacent au lieu de drague. Mais une fois à l’intérieur, la posture sociale n’a plus lieu d’être. L’anonymat tient à ça: on ne raconte pas sa vie, on a plus de nom et plus de professions. Les lieux de rencontres permettent cela.»

France, 2011-2016 Issue de la série «Les chemins égarés» | Amélie Landry / Agence VU

 

«Toutes les classes sociales se retrouvent sur ce type de lieu. La seule manière d’identifier l’origine sociale de quelqu’un est le modèle de voiture quand un parking est adjacent au lieu de drague. Mais une fois à l’intérieur, la posture sociale n’a plus lieu d’être. L’anonymat tient à ça: on ne raconte pas sa vie, on a plus de nom et plus de professions. Les lieux de rencontres permettent cela.»

Ils se sont rencontrés sur un lieu de drague et ont vécu en couple pendant plusieurs années. France, Bretagne, 2014 | Amélie Landry / Agence VU

 

«C’est très intéressant d’observer que contrairement à certaines idées reçus les hommes interviewés parlent très peu de problèmes de violences dont ils auraient pu être victimes de la part d’autres individus. Par contre spontanément, ils racontent tous la volonté des pouvoirs publics de faire disparaître les espaces de rencontres: on coupe les arbres sur les aires d’autoroute, on réaffecte les zones de drague, on pose des contraventions sur des parkings au milieu des bois… En cela continuer à fréquenter ces lieux est un peu une forme de résistance.»

Ils se sont rencontrés sur un lieu de drague et ont vécu en couple pendant plusieurs années. France, Bretagne, 2014 | Amélie Landry / Agence VU

 

«C’est très intéressant d’observer que contrairement à certaines idées reçus les hommes interviewés parlent très peu de problèmes de violences dont ils auraient pu être victimes de la part d’autres individus. Par contre spontanément, ils racontent tous la volonté des pouvoirs publics de faire disparaître les espaces de rencontres: on coupe les arbres sur les aires d’autoroute, on réaffecte les zones de drague, on pose des contraventions sur des parkings au milieu des bois… En cela continuer à fréquenter ces lieux est un peu une forme de résistance.»

Bruno a aménagé le lieu tel un paysagiste: escalier, couloirs de circulation, espace de rencontres, passage sur le cours d’eau dont il a fait bifurquer le courant pour créer une petite plage. France, Franche-Comté, 2015 | Amélie Landry / Agence VU

 

«Beaucoup de lieux de drague en ville ont en effet disparu, comme les parcs. Les pissotières ont été supprimées de l’espace public petit à petit. Et les parcs, à quelques exceptions parisiennes, sont entretenus de manière à faire disparaître les arbustes et leurs recoins pour supprimer ces rassemblements. Ca se manifeste par des choses très simples: une accentuation des éclairages publiques, l'élagage, la construction immobilière et les fermetures nocturnes. Ces aménagements urbains qu’on a notamment identifiés comme "anti-sdf" révèlent aussi une volonté de contrôle de l’espace public. La ville s’est transformée progressivement d’un lieu de vie et de sociabilité en un espace de circulation.»

Bruno a aménagé le lieu tel un paysagiste: escalier, couloirs de circulation, espace de rencontres, passage sur le cours d’eau dont il a fait bifurquer le courant pour créer une petite plage. France, Franche-Comté, 2015 | Amélie Landry / Agence VU

 

«Beaucoup de lieux de drague en ville ont en effet disparu, comme les parcs. Les pissotières ont été supprimées de l’espace public petit à petit. Et les parcs, à quelques exceptions parisiennes, sont entretenus de manière à faire disparaître les arbustes et leurs recoins pour supprimer ces rassemblements. Ca se manifeste par des choses très simples: une accentuation des éclairages publiques, l'élagage, la construction immobilière et les fermetures nocturnes. Ces aménagements urbains qu’on a notamment identifiés comme "anti-sdf" révèlent aussi une volonté de contrôle de l’espace public. La ville s’est transformée progressivement d’un lieu de vie et de sociabilité en un espace de circulation.»

Bois délaissé, au bout d’un champ, près d'un hameau. Ce lieu de rencontres est réputé dangereux. À plusieurs reprises, les pneus des voitures ont été crevés. France, Franche-Comté, 2015 | Amélie Landry / Agence VU

 

«J’ai appris à comprendre et à connaître une autre forme de désir que le mien. Mais ça m’a surtout permis d’observer ce qui se passe en dehors de ces lieux: j’ai mesuré l’homophobie latente et insidieuse qui existe en France. Par effet de ricochet, j’ai d’ailleurs été fort surprise qu'on me dise à propos de ce projet: "Tu ne trouves pas qu’il y a des choses plus intéressantes à faire que tes trucs de pédés?"»

Bois délaissé, au bout d’un champ, près d'un hameau. Ce lieu de rencontres est réputé dangereux. À plusieurs reprises, les pneus des voitures ont été crevés. France, Franche-Comté, 2015 | Amélie Landry / Agence VU

 

«J’ai appris à comprendre et à connaître une autre forme de désir que le mien. Mais ça m’a surtout permis d’observer ce qui se passe en dehors de ces lieux: j’ai mesuré l’homophobie latente et insidieuse qui existe en France. Par effet de ricochet, j’ai d’ailleurs été fort surprise qu'on me dise à propos de ce projet: "Tu ne trouves pas qu’il y a des choses plus intéressantes à faire que tes trucs de pédés?"»